Vendredi 2 novembre 2007
 
 
La Bergerie, Mardi 2 – tombée du jour
 
Première nuit seule… Dormi comme un bébé ! Réveillée à l’aube, je ressens comme une montée de sève l’énergie si intense du lever. Vite j’enfile un short, une tunique et sors rendre hommage au jour nouveau. Je lève les mains au ciel pour me nourrir de sa puissance renaissante. Je bénis la vie, le cœur chaviré de félicité.
 
La beauté me renverse !
 
Je ne suis pas seule ! A l’autre bout du pré, deux renards en chasse, saluent le retour du soleil à leur manière. Je considère comme un grand honneur que des animaux sauvages m’apparaissent. Ils savent d’instinct que je ne suis pas une menace. Mais surtout j’en déduis que mon rayonnement est assez paisible pour qu’ils puissent ignorer ma présence. J’observe fascinée leurs lents déplacements. Je les distingue à peine. Leur pelage se confond dans l’indécision de la lumière encore voilée, avec la couleur des herbes sèches. Ils vont et viennent, exécutant un étrange ballet – sinueux, comme au ralenti. Plongée dans leur contemplation, le silence se fait dense, palpable – il retentit !
Ah CE silence, quand le mental enfin se tait ! ! ! ! L’interstice par lequel la VIE s’engouffre, sans réfléchir ! " Redevenez des petits enfants. " Qui ne pensent pas mais plongent sans peur, sans jugement et nagent portés par le courant.
***
 
 
Amandine ramasse du petit bois bien sec, le dispose soigneusement dans l’âtre, gratte l’allumette. Salve d’étincelles crépitantes. Flammèches jaunes, oranges, rouges, bleutées. Légère fragrance de sève de pin… " Allumer son feu… " Amandine s’imagine en femme préhistorique. Gardienne du feu. Oui, c’est en elle. Un instinct. Un fondement. Un appel. Elle est d’une nature qui s’enflamme pour un rien. Qui brûle de désir. D’ardentes passions. Parfois, elle se roussit les ailes. Se passe par le feu. Brûle l’inutile par les deux bouts. Renaît de ses cendres.
Amandine prépare une réserve de bois pour la soirée. Chêne vert, châtaignier, cade délicieusement odorant, tilleul, pin… Près d’un feu, elle ne se sent jamais seule. De toute façon, elle aime être seule. Elle jouit de sa propre compagnie. Elle a besoin d’être avec elle-même, comme on ressent le besoin d’être en présence de l’autre - l’être aimé. La vérité c’est qu’elle s’aime. " Sème… ses graines d’amour…" Maintenant que le feu est bien parti, elle ajoute quelques bûches. En écho aux craquements du bois, son estomac gargouille. Depuis le réveil elle n’a rien mangé d’autre que deux pommes ratatinées, dégustées sous l’arbre. Elle entaille quatre belles pommes de terre, garnit la fente de beurre, d’ail et de thym, les dresse dans une cocotte en fonte. Tout à l’heure, elle la posera au milieu des braises, ajoutera un verre d’eau pour qu’elles soient fondantes à souhait. En attendant, elle croque quelques olives, assise au bord de la cheminée. Aimantée par le feu, sa peau brûle. Elle s’écarte vivement. S’étend sur le canapé et revient à la contemplation des flammes. Son regard se perd. Elle voit sans voir. Un autre regard s’allume. Un regard qui sent plus qu’il ne voit. Les flammes dansent à l’intérieur de son corps. Elle est sans contour. Sans densité. Elle ne perçoit plus que mouvance, lumière, chaleur.
Amandine ronronne doucement. S’étire. Baille. Les braises sont à point. Pour patienter, elle renouvelle et allume toutes les bougies. " C’est Noël !  C’est si simple d’enchanter la vie… si belle parée de flammes ! ". Ses yeux d’enfant admirent la magicienne. Celle qui cultive l’art du bonheur dans le secret de ses jardins. Celle qui sème d’infimes éclats de joie dans ses parterres. Celle qui attire l’abondance avec des riens. Celle qui bénit aussi les jours de pluie, les aléas, les coups durs. Celle qui se joue des circonstances.
 
***
 
 Tant de gens traversent leur vie en chiens errants comme des bannis égarés en terre étrangère. On dirait que rien ne leur appartient, que rien ne les concerne, que rien ne leur " parle ". Ils sont si loin d’eux-mêmes qu’ils ne s’en aperçoivent même pas. Ils sillonnent les rues de leur existence sans se saluer, sans se retourner, sans se sourire. Leurs miroirs ne reflètent que l’apparence de ce qu’ils s’imaginent être. Ils ne s’y reconnaissent pas vraiment. Ils ont peur de cette présence aveugle qui les regarde sans les voir. De ce trou noir d’où surgissent parfois d’étranges cataclysmes. Ils soupçonnent peut-être une puissance cachée, inavouée, hasardeuse, d’être à l’œuvre quelque part… Forcément dangereuse. Prédatrice peut-être ? Ils n’osent pas même y penser.
***
J’ai découvert la clé de mon changement d’identité. Si évident en langue des oiseaux !
De Mira belle à Amants dînent, passage du petit homme qui s’admire aux noces sacrées du Roi et de la Reine…
***
 
Amandine referme le carnet. " Réaliser en soi l’union de l’homme et de la femme… ". Maintenant elle ne craint plus l’échec. Un retour en arrière ne fait en aucun cas partie des potentiels qu’elle envisage. Elle est passée de l’autre côté. Une fois pour toute. Elle a choisi d’aimer la vie. Définitivement. Radicalement. Sans discuter. Un grésillement lui indique que l’eau s’est évaporée. " Parfait. A table ! ". Elle se convie à souper. Déguste lentement, affamée et gourmande. Mange avec les doigts, se lèche les babines, se caresse le ventre. " Jamais rien goûté d’aussi bon ! ".
Dans une autre vie, on a bien tenté de lui apprendre que ça ne se fait pas. " Pensez donc, jouir ainsi de la vie, c’est indécent, vraiment dégoûtant !  Il paraît que Dieu réprouve les amoureux de la vie. Priez pour eux pauvres pécheurs !  "
***
 
soirée
 
Dieu, le père sévère, le mal – aimant est mort !
 
J’ai chassé l’imposteur ! Le sinistre rabat-joie, le tue – l’amour, l’empêcheur de vivre. Je l’ai renversé. Tête en bas ! A bas l’arrogant prêcheur !
 
Non, les élans du cœur ne font pas le pécheur. Les élans de l’âme ensemencent tes sillons de vie. Te poussent à te révéler. T’invitent à te recréer sans cesse. Pressée par ta passion. Consumée par tes rêves. Illuminée par tes visions.
 
Ici, je suis à l’abri. J’ai tracé mon cercle.
Avis aux mal –aimants : NO PASARAN !
Ici, je choisis mes convives. Je ne festoie qu’en aimable compagnie. Les indésirables n’ont qu’à passer leur chemin. Qu’ils suivent donc leur propre voie, je n’ai rien contre ! La liberté que je m’accorde, que chacun la revendique, s’il le veut. S’il en a l’audace. Que chacun assume la responsabilité de ses désirs, de ses choix et de ses actes.
 
L’empêcheur de vivre a bien des ritournelles !
Que de vilains tours dans son sac à principes… Se glisser par derrière pour te cisailler les ailes… S’en venir par devant, pointer son doigt accusateur… Te jeter la nuit dans l’eau glacé… T’enterrer six pieds sous terre…T’abandonner au désert…Se rire de ta candeur… Insulter tes idéaux…
 
Tu as tant de visages, tant de déguisements… Toi, Ô Grand Maître d’illusion.
Ici, je suis dans mon sanctuaire. Je suis le maître en ma demeure. Je suis la gardienne du feu. Protectrice de la source. Ici tu n’es rien que néant. Décrété persona non grata. Défroqué, l’imposteur ! Tu n’as jamais désiré mon bien. Tu as seulement cherché à m’imposer une obéissance servile. A me soumettre à ton d’omnipotente volonté. Satané Dictateur. Enfiévré de rêves de vengeance, ivre de sombres visions d’expiation. Juge pervers.
Le sais-tu ? Ton regard salit tout ce qu’il touche.  Avec toi, tout se déforme, se distord, se pervertit, se ternit, se rétrécit, dépérit. Tu réprouves, avec l’énergie du désespoir, tout ce qui est spontané, libre et vivace. Toi, l’Expert comptable de mes faits et gestes, tu y vois une menace à ton ordre ultra programmé. " Le désordre c’est l’ordre moins le pouvoir ! " clame Léo. Ton omnipouvoir fait désordre dans nos vies, camarade ordonnateur ! Le divin coule dans mes veines. Je n’ai nul besoin de toi pour me conduire …tout droit en enfer. Ta machinerie est si grotesque. Tu ne m’impressionnes plus. J’ai grandi. Je sais que le Bon Dieu qui nous juge sans pitié n’existe pas.
 
L’Amour ne juge pas. Jamais ! Point à la ligne.
***
 
Amandine remet du bois, choisit un morceau noueux, très sec. " Il va sûrement joliment craquer celui-là. " Elle reste agenouillée, visage offert à la chaleur, aussi longtemps qu’elle le peut. Se rafraîchit d’un rasade d’eau de source. S’octroie une grappe de raisin cueillie le matin. Elle est si fière de sa récolte, qu’elle prend la bergerie à témoin : " Regarde, j’ai déniché du raisin. Une vigne sauvage, enroulée à un arbre. Comme un boa, jusqu’au ciel ! " Il est subtilement doux et acidulé. Surprenant et délicieux. La flamme des bougies chancelle, agite des ombres fantastiques. Amandine dresse l’oreille. " Le vent s’est levé ". Elle entend des bruits sourds. Pas lourds, branches brisées, grognements. " Voilà de la compagnie ! Plus on est de fous, plus on rit ! ". Silencieusement, elle salue les sangliers. Leur souhaite la bienvenue. " Je vous ai laissé votre part de raisins, ne vous gênez pas. "
Le mistral maintenant souffle en rafales. A travers l’œil de bœuf, elle observe la folle gigue des branches entremêlées. Arbres échevelés, balancés. Transe élémentaire. Grand nettoyage d’automne. Etendue, bien au chaud dans son lit, Amandine confie au vent ses dernières dépouilles.
***
Mi-nuit
 
Pourquoi continuer à s’encombrer d’idées fausses, de pensées obsolètes, de schémas périmés, d’anciens regrets, de vieilles croyances, d’antiques mots d’ordre desséchés, d’indigentes habitudes ?
 
 
L’homme ploie sous le joug de l’inutile. Son palais grouille de fantômes. Un vrai nid de serpents ! Qui sifflent dans sa tête pleine de vent…
 
 
Pourquoi devrais-je me rappeler chaque matin mon nom, mon pedigree, mon avenir présumé ? Suis-je donc condamnée à perpétuité à me reproduire à l’identique ? A me cloner moi-même, un miroir pour unique témoin ?
 
 
Je m’aime changeante, tournoyante, imprévisible… Je m’aime dans l’improvisation, l’idée soudaine, l’envie pressante, la facétie… en pied de nez à l’inertie… Je m’aime tonnante, sonnante ou trébuchante…
***
 
Sourire flottant aux lèvres, Amandine, happée par le hublot vogue dans la tempête. La haute mer déchaîne ses vagues dans un roulement de tambour. Les fracasse en mille éclats d’argent sur la coque. Le navire est sûr. Bercée par le roulis, Amandine sombre corps et biens dans l’obscurité des profondeurs.
 
 
par scribe m'M publié dans : Sanctuaire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 13 octobre 2007
Sans un regard en arrière, elle hisse le volumineux sac à dos sur ses épaules. Tout le monde dort encore. Elle attrape son vieux sac de toile et claque doucement la porte du pied. " Enfin le grand soir ! ", elle éclate silencieusement de rire - le jour se lève à peine. Hormis un coq dans le lointain, la campagne est encore assoupie, estompée d’une brumeuse lumière rose - orangée. Elle vérifie la cantine de fer bleue calée à l’arrière du vieux break : couchage, matériel de camping, lampe tempête, provisions de bouche. Cale le sac à dos à l’aide du futon roulé. " Parfait ! En avant, toute ! ".
 
A cette heure, la route est déserte. Elle glisse dans le lecteur sa compil préférée de Stevie Wonder. " I am freeeeeeeee... ", la jeune femme se trémousse en rythme, bat la mesure sur le volant, se répète : " En avant, c’est parti ! ". Les vacances de masse s’achèvent. Impression que le temps se suspend attendant la rentrée . Comme la nature, au petit jour. " Suspendue... ", pourquoi pas ? Comme " Le Pendu " du tarot. Attaché par un pied, tête en bas, bras croisés sur les reins, l'autre jambe nonchalemment? repliée… Détendu, tranquille… "Paradoxal, non ? Eh, le saltimbanque, il est comment le monde, vu la tête en bas ? " Elle roule doucement. Ne veut pas troubler la nature qui s’éveille. Espère toujours qu’un animal sauvage croise son chemin. Une biche, un écureuil, un renard en chasse, peut-être. Elle coupe la musique. Calme l’excitation. Respire tranquillement.
 
***
 
Les kilomètres défilent. Sa conduite est souple - fluide. Elle se demande si elle a bien fait de laisser derrière elle cette unique phrase, griffonnée à la hâte. C’est peut-être pire que rien. Mais elle ne voit rien à dire, rien à expliquer. " C’est MAINTENANT le jour et l’heure, je décolle… M ". Elle fait halte dans une boulangerie de village, choisit un à un les pains au chocolat les plus dorés et croustillants. S’installe en terrasse, au soleil, commande un double café noir. Mirabelle a tout son temps. Elle n’est pas en fuite - ni en avant ni en arrière. Elle extraie du sac de toile grenat un épais carnet à spirale de papier recyclé. Vierge. Saisit le stylo plume à encre verte, neuf, lui aussi. Sur la première page, Mirabelle trace avec application " AN O " au centre, puis, juste en-dessous " Je m’appelle Amandine. Ma vie commence aujourd’hui " ." Voilà, c’est écrit ! ". Les pains au chocolat sont aussi succulents qu’ils en ont l’air. " Bonne augure, ça ! ". Elle les engloutit tous, demande un autre café pour faire descendre tout ça et une serviette pour ses doigts maculés de gras. " Excusez-moi, mademoiselle, il s’appelle comment votre village ? ", "Régalion ". La serveuse astique consciencieusement la table. " Je cherche un gîte, dans la campagne, avec cheminée si possible. Pourriez-vous m’indiquer quelque chose dans les environs ? ", " Il vous faut aller à l’épicerie. Là, vous demandez Nicole, c’est elle qui garde les clés. " Comme en signe de ponctuation, la cloche de l’église fait retentir huit coups. D’un ton solennel, elle se dit : " TOUT commence maintenant… "
 
Elle se sent bien sur cette place gardée de gigantesques platanes. Elle n’est jamais venue par ici, ne connaît personne. " Et pourquoi pas ici ? " Phil est probablement réveillé maintenant. Elle est contente d’avoir laissé ce mot finalement. " Il est assez fin pour comprendre ". En tout cas, elle l’espère - pour lui. Elle n’est pas vraiment inquiète, il aime tellement la vie. " Tu sauras faire face, comme toujours, mon bien-aimé ". Une toute petite bonne femme, légèrement voûtée traverse à grands pas la place, vivement tirée par son chien. Agée d’au moins quatre-vingts ans. Mais le visage, le regard, l’allure sont étonnement jeunes. Elle est belle encore, si vivante. " Oui, pourquoi pas ici… Après tout, ça ne m’engage à rien. " Des gamins tapent le ballon devant le temple circulaire, couleur sable. Les habitués se retrouvent autour d’un petit noir, parcourent les gros titres avant de faire passer le journal au voisin. Elle imagine qu’il en est ainsi chaque matin - une habitude, un rituel, un instant de détente accordé, une mise en condition pour lancer la machine. Elle sirote son café froid à minuscules gorgées. Rien ne la presse, personne ne l’attend plus.
 
***
 
Clefs en poche, Amandine démarre la voiture. " Y a un grand panneau à l’entrée du chemin, avec une double spirale peinte en blanc. C’est tout droit jusqu’à la bergerie. Pouvez pas vous tromper, c’est la seule habitation du coin. " Elle longe un sous-bois clairsemé de chênes verts, débouche sur un vaste pré, aperçoit la petite bâtisse rectangulaire. Il commence déjà à faire chaud.
 
Elle ouvre tout en grand - portes, fenêtres, moustiquaires, volets. C’est rustique - simple et propre. Cheminée surélevée, vieux pavés de terre, murs grossièrement blanchis à la chaux. Juste une grande pièce avec mezzanine. Au-dessus, une chambre éclairée par un gros œil de bœuf. En-dessous, le cabinet de toilette miraculeusement pourvu d’une antique baignoire en fonte et d’un WC. Elle fera la visite en détails tout à l’heure. Amandine a payé une semaine d’avance, le temps de voir si ça lui convient. Elle retourne chercher son gros sac de toile dans la voiture. En sort tout un attirail - bougies, encens, herbes aromatiques, livres, cartes, un petit bloc d’améthyste brute. Sur une coupelle en terre cuite, elle enflamme les charbons sur lesquels vont se consumer les grains de benjoin et les herbes odorantes. Bras tendus, très lentement elle fait le tour de la pièce, enfume bien tout l’espace. " Comme ça, ce sera parfait ! ".
 
Amandine retourne dehors. A l’arrière de la bergerie, elle découvre un petite fontaine de pierre, envahie de lierre. " Magnifique, de l’eau de source ! ". Un jardin semi sauvage se devine à quelques touffes rescapées de soleils, de fleurs de lin, de cosmos, d’œillets d’Inde. Le sous-bois est une réserve naturelle de petit bois. Il complétera à merveille le gros tas de bûches protégé par une bâche, qu’elle a remarqué en arrivant, à l’extrémité de la terrasse. Amandine flaire son nouveau territoire, délimite un large périmètre autour la maison. Mentalement, elle trace un cercle protecteur, non pour marquer une propriété mais plutôt sa zone d’influence. Ce qu’il lui faut, c’est un lieu de pouvoir. Son lieu de pouvoir. Elle a besoin maintenant d’être seule. D’aller plus avant à la rencontre des forces naturelles. Les siennes, comme celles de la planète ou du cosmos. En cercles concentriques, elle revient au centre, maintenant prête à investir les lieux.
 
Sur le seuil, elle est assaillie par une odeur d’église, enrichie de sauge et de lavande. Un coup de balai s’impose – une espèce de rituel, d’hommage rendu aux lieux. L’évier en pierre trône sous une fenêtre. " Quel luxe de laver sa vaisselle en contemplant la nature ! " Le mobilier est réduit à l’essentiel, mais pratique et confortable. Côté cuisine : une table, deux bancs, une étagère de fortune dans une niche fermée d’un rideau à carreaux rouges et blancs, une vieille gazinière flanquée d’un réfrigérateur miniature. Côté " salon " : un vieux canapé décoloré mais confortable, une table basse ovale et un fauteuil club au cuir tout desséché contre la cheminée. Elle repère une autre niche creusée dans la pierre, où disposer quelques affaires. Amandine s’allonge sur le divan. Ferme les yeux. Respire. S’offre à l’instant. Se libère. Remercie. Commence à flotter. S’assoupit presque. Ni rêve, ni sommeil, ni méditation. Instants bénis où elle n’est plus qu’acceptation. Un bienheureux abandon dans lequel elle se repose et se régénère. Chèque en blanc signé à la vie.
 
Elle se redresse d’un bond, toute ragaillardie, file chercher la malle de fer, le sac à dos et le futon. C’est là tout ce qu’elle possède, ce qu’elle a choisi de conserver. Le strict nécessaire. Elle extraie du coffre un batik pourpre imprimé d’une étoile géante. L’étend sur le canapé puis dispose partout où elle peut une multitude de bougies. Elle complète le paysage d'une touche de jaune - une brassée de soleils, dressés dans un lourd vase de verre torsadé, sur la table de la cuisine. " Ca commence à prendre tournure ! ". Une fois déballés les ustensiles de cuisine, tous casés dans la niche, elle hisse la cantine à l’étage. Le matelas est très correct, il sent bon le frais. Elle déroule une fine natte de paille à ses pieds. Le drap de coton blanc et l’épais duvet de plumes vert d’eau qui la suivent partout, rendent la chambre accueillante. Déjà, elle se sent chez elle. Elle vide le sac à dos sur le lit. Refait l’inventaire de sa garde robe, replie tout dans la malle. Résiste à l’envie de s’allonger sur le lit. La fontaine l’appelle. Elle a soif. Elle attrape au passage la gargoulette et sort par la porte de derrière. Amandine découvre un filet d’eau bien maigrelet. " Il est grand temps qu’il pleuve ! ". Elle se cale sur la margelle, attend que le cruchon se remplisse. Un couple de papillons virevoltant se posent sur son genou. " C’est gentil à vous de me souhaiter la bienvenue. Moi aussi, je suis enchantée de faire votre connaissance. J’envie tellement votre légèreté. S’il vous plaît, vous m’apprendrez ? " Sa main dessine au ralenti des arabesques dans le bassin. Elle se rafraîchit délicatement le front, la nuque, les bras. " Hum, comme c’est bon ! " Creuse sa main et lape l’eau, comme un animal.
***
 
Le soleil est au plus haut, Amandine se réfugie dans la fraîcheur des vieilles pierres, tire les volets à l’espagnolette. Grignote quelques figues trop mûres dénichées dans le sous-bois, du pain et du fromage de chèvre, le tout arrosé de délicieuse eau de source. " Un vrai dîner de roi ! ". La bouilloire siffle, elle prépare un café à la turc, agrémenté d’une pincée de gingembre et de quelques graines de cardamome. Son arôme embaume tout l’espace. Elle s’en sert une pleine tasse, se love sur le canapé, respire profondément l’instant. " C’est si bon ! ", se répète-t-elle encore. Dans la bienfaisante pénombre de l’intérieur, tout est silence, hormis le bourdonnement continu des insectes. Elle allume l’énorme cierge, reçu providentiellement hier pour son anniversaire. " Etait-ce seulement hier ?!!! "Elle choisit un des jeux, celui des chamans amérindiens. A la lumière des cartes, elle cherche à distinguer les processus sous-jacents, à reconnaître les énergies en jeu. Non pas pour prédire l’avenir mais pour discerner les meilleurs choix possibles à faire au moment présent. Amandine respire calmement, ferme les yeux, se concentre sur maintenant tandis qu’elle bat lentement le jeu, l’imprégnant de sa vibration. Elle étale les cartes devant elle, en tire une seule :
" Guerrier " - Force de volonté, confiance en soi, self-control.
 
Par quelques vecteurs que ce soient, l’univers nous renvoie ses multiples échos. " Evidemment, ça ne pouvait être que celle-là, la toute dernière carte du jeu, celle de la véritable connaissance ! - Résolu et déterminé, le guerrier demeure comme un roc dans la tempête. Il ne cherche pas le pouvoir sur le monde mais la maîtrise de lui-même. "Et ainsi il pourra devenir un guerrier de la vision." "
C’est par cela qu’elle va " ouvrir " son carnet. Amandine recopie avec application les phrases les plus " parlantes " du message.
La Bergerie, Lundi 1e – 15 H
" Guerrier : Le guerrier possède un esprit ferme, une force de volonté, une confiance et une maîtrise de soi. Ainsi, seulement il pourra suivre jusqu’au bout la voie que lui indiquera sa vision… De cette manière uniquement, il sentira croître l’énergie de son corps et de son esprit se libérer d’elle-même pour enflammer le monde en le menant vers une conscience et une connaissance nouvelles : la véritable connaissance de la nature. "
Percer le voile des apparences. Voir, Respirer de " l’autre côté ". Renouer avec l’esprit animal, végétal, minéral, élémental... Voyager au delà de l’humain... Tête en bas!
ENFLAMMER LE MONDE…Whaoooo ! ! ! !
*
Une vague d’énergie libre traverse Amandine. " Respire ! ".
Enflamme le monde… Ces quelques mots résonnent en cascade, filent comme le vent, la ravissent, la propulsent… Ailleurs
***
 
08/10/07
par scribe m'M publié dans : Sanctuaire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Texte libre

 

 

Eau sacrée, je reviens à tes rives,

je vois le ruisseau de la sagesse qui coule perpétuellement.

Lave-moi de ces lourdes pensées qui m’empêchent d’atteindre ta mer d’équanimité.

Créateur, nos yeux s’éclaircissent, la lumière sacrée de la sagesse brille dans nos cœurs.

Voyons, soyons ce que nous sommes. Puissent tous les êtres réaliser l’harmonie et l’unité.

Dhyani Ywahoo

Sagesse amérindienne

Traditions et enseignements

des Indiens Cherokee

 

 

Calendrier

Août 2008
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Recherche

blogue sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus