Texte libre

Vivre
c’est naître
sans cesse …
 
erich fromm

" Autant que je puisse en

juger, le seul but de

l’existence humaine

est d’allumer une lumière

dans l’obscurité de l’être. "


C.G. Jung


" On ne comprend rien à la
civilisation moderne
si l’on admet pas d’abord
qu’elle estune conspiration
universellecontre toute
espèce de vie intérieure. "

 
 Bernanos

 

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 Tribunal


Tu te repasses le film à l'envers, encore et encore... Tu cherches l'erreur : mauvais choix, circonstances contraires, coups du sort, défauts, limites, incapacités, folies... Tu te répètes 'Si " à l'infini : Si j'avais fait ça, S'il n'avait pas dit ça, Si telle chose ne s'était pas produite, Si j'avais su que, Si je m'étais enfin décider à, et Si, et Si, et Si...


Ta vie entière y passe, de A jusqu'à Z ! Tu t'ériges en Juge Suprême de ton existence. Tu t'en donnes à cœur vengeur, comme si tu étais le pire de tes ennemis. Aucune circonstance atténuante, mesdames et messieurs les jurés, cet individu est irrécupérable, un lamentable monstre, un asocial !


Timidement tu veux prendre ta défense : " Mais monsieur le Juge, je n'avais pas le choix, vous savez bien les circonstances qui..." " Vous prendrez la parole quand la Cour vous y autorisera ! " Et toi tu te recroquevilles, tu te tais, tu es lâche, tu te soumets.


Devenu juré, tu voudrais bien entendre ce que l'accusé veut dire pour sa défense. Tu as pitié de lui, tu te revois gosse face à l'instituteur qui te rappelle à l'ordre, tu te sens encore écrasé de son froid mépris. Mais à toi non plus le Juge n'offre pas la parole, tu écoutes, impuissant.


***

Le défi


Le temps passe... T'adoucis. Encore tu cherches à comprendre " le pourquoi du comment ". Tu es fatigué de toujours t'en vouloir, de te faire des reproches, de te plaindre. Sans t'en apercevoir, tu commences à prendre tes distances avec ceux qui t'en veulent, te reprochent ou te plaignent, ça devient instinctif.


Tu te targues d'aimer les gens, enfin l'humanité, d'avoir foi en l'être humain. Tu es écartelé entre deux réalités, la foi en l'homme et le constant permanent de sa folie destructrice. Ca se joue aussi en toi, ça devient franchement intenable. Tu sens bien qu'il te faut trancher dans le vif sans quoi tu risques fort d'y laisser ta peau.


Tu te mets au défi, puisque tu prétends avoir foi en l'homme, de commencer par toi-même. De te faire entièrement confiance, non plus seulement en théorie mais aussi en pratique. Tu te mets au défi de t'écouter, te respecter, te comprendre, de t'aimer enfin comme tu sais aimer ceux qui te sont chers et comme tu aimerais que l'on t'aime.

 

Le juge est encore là, il se dissimule derrière de nombreux personnages, parfois les plus inattendus. Tu te surprends à le démasquer plus facilement - au détour d'un sourire faussement amical, d'un regard trouble, d'une soi-disant évidence. Ca prend des allures de traque ou de jeu, selon ta capacité à observer ce qui se passe aussi tranquillement que si tu n'étais pas concerné.

****


L'épreuve du vide


Ainsi, peu à peu tu te détaches. Des opinions communément admises, du jugement des autres, de l'approbation de ceux qui te sont chers. Une certaine distance s'installe avec tes proches - non parce que tu les aimes moins mais parce que tu ne prends plus en charge leur problématique comme si tu pouvais la résoudre à leur place. Tu apprends à ressentir sans prendre sur toi ce qui n'est pas de ton ressort.


L'apprentissage est vraiment difficile car tu as toujours porté sur tes épaules le malheur des autres. Et d'autant plus difficile que le Juge reste là, à l'arrière-plan, prompt à délivrer ses édifiantes sentences. Même si tu l'écoutes encore, sa voix n'est plus si absolu, si omniprésente, si séduisante.


Quand s'éloignent les influences extérieures, tu te retrouves dans un espace un peu vide. Le silence des voix est presque menaçant. Peut-être n'y a-t-il rien d'autre ? Peut-être es-tu seul ? Pire encore, peut-être n'y a-t-il personne, pas même toi ? Parfois tu cèdes à la panique, tu t'enfuis et tu t'étourdis pour oublier ça.


De petites avancées en gros reculs, tu as souvent l'impression de faire du surplace. Tu aimes te distribuer les bonnes et les mauvaises notes. Un jour tu t'encourages, le lendemain tu te punis. Aujourd'hui tu es fier, demain probablement, tu auras honte. Tu rebondis d'un extrême à l'autre.


Il t'apparaît que dès tu te détaches, tu libères du même coup ce que tu retenais, ce que tu enchaînais à toi. Il devient clair que l'aliénation est mutuelle - le geôlier est enchaîné à son prisonnier, l'un ne va pas sans l'autre, leur dualité n'est qu'apparence. Ainsi chacun retrouve la liberté. Seul face à soi.


****

 

Imposture ?


Tu deviens expert dans l'art de repérer les manipulations. Celles des autres, et enfin les tiennes confondues dans la même ombre. Dans ton cas, elles adorent tout particulièrement se revêtir d'intentions nobles, généreuses, désintéressées, se présenter sous couvert de " c'est pour ton bien ". Si ton intelligence se laisse encore prendre à ces bonnes paroles, ton corps ou le corps de l'autre, réagit au quart de tour et t'avertis de l'imposture.


Qu'en est-il de tout ce bien que tu veux apporter à autrui ? Imagines-tu être meilleur, plus compétent, plus lucide ? Ou encore plus sensible, plus généreux, plus compatissant ? Plus fou encore, crois-tu pouvoir faire pour l'autre ce que lui-même n'est pas prêt à faire pour son propre bien? As-tu l'ambition de lui servir de tuteur ? N'abaisses-tu pas finalement celui que tu crois élever par la grâce de ta bienveillance ? Devra-t-il t'en être reconnaissant ?


Pendant ce temps, quel bien évites-tu de te faire à toi-même ? Quelle réalité ne regardes-tu pas en face ? A quoi tentes-tu d'échapper ? Quels situations demeurent irrésolues ?



****

Et si tout était exactement comme il doit être ?


Et s'il n'y avait ni défauts, ni erreurs, ni fautes, ni imperfections ? Et si les choses étaient simplement ce qu'elles sont, comme on admet sans discussion ni commentaire qu'une chaise est une chaise ?


" Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles " affirme le candide de ton enfance. Tu observes à nouveau les événements et les orientations de ton existence comme s'il n'y avait ni bon ni mauvais choix, ni chance ni malchance, ni échec ni réussite. Tu vois que dans la joie comme dans le malheur, tu as saisi ou laissé passer des opportunités de prendre conscience, d'évoluer, de te guérir. De toute façon tu as fait ce que tu pouvais faire dans l'instant présent. Tu ne regrettes pas les opportunités perdues puisque chaque jour de nouvelles occasions se présentent d'accomplir ce qui peut l'être.


Tu apprends à respecter ton temps et ta manière. Tu apprends à ne pas te contraindre. Tu apprends à t'en remettre à la logique de croissance qui œuvre à l'intérieur sans chercher à la contrôler, à la soumettre à tes projets, aux desiderata de ta personnalité. Cette force agissante est infiniment plus vaste, plus intelligente, plus aimante que toi. De chenille elle te métamorphose en papillon. Elle sait tes besoins mieux que toi-même et t'attire exactement là où tu as l'occasion de faire un pas et d'avancer, la possibilité de manifester ce que tu es. Les conditions a priori défavorables sont souvent celles qui se révèlent être les plus riches, les plus propices à l'ouverture de ta conscience et de ton cœur. Tu souffres si tu ne perçois pas qu'il faut que quelque chose s'efface pour qu'une chose nouvelle puisse apparaître. Tu souffres d'être si attaché à des formes particulières qui même quand elles cessent de t'être nécessaire te servent encore à te définir, à construire une identité imaginaire qui, même si elle est très négative, te rassure.


****

 

Par quoi te définis-tu ?


Par ton origine, ton histoire, ta lignée, ta catégorie sociale, ton métier, ton niveau d'éducation ou de conscience, tes actes, tes engagements, tes réalisations, ta religion, ton pays, ton sexe, ton âge, ton physique, ton intellect, ta culture, ta sensibilité, tes défauts, tes qualités, tes dons, tes folies, tes échecs, tes centres d'intérêts, tes peurs panique ?


Tu effeuilles ton identité, couches sur couches patiemment assemblées, patchwork unique et singulier que tu nommes " moi " et qui te représente. Mais qui es-tu réellement ? Es-tu la somme, au mieux la synthèse, de cet assemblage hétéroclite et hasardeux ? Qui est ce " Je " qui dit " Moi " ? Je - qui aime, Je - qui déteste, Je - qui a peur, Je - qui rêve, Je - l'enfant, Je - l'adulte ? Qui s'exprime quand tu dis " Je " ?

Tu observes fasciné la création et re - création permanente de ce personnage qui affirme être toi, fort occupé à fixer certaines images - pour toujours. Il n'en finit jamais de répéter le passé et de te séduire ou te t'effrayer avec le futur. Il te donne l'illusion d'être une structure bien définie, à défaut d'être bien finie, pour le moins d'être quelqu'un, d'exister.


Plus tu remarques la construction plus elle perd de sa consistance, tu assistes à un grand jeu de masques. Ce quelqu'un, ce quelque chose qui observe est-ce enfin Toi ou seulement un moi de plus ? Quand trop de questions ainsi se pressent, tu en reviens à l'expérience, au ressenti, tu respires. Tu réintègres l'instant présent, ton corps vivant et ça respire. Ici " moi je " s'efface. Ce qui respire, ce qui ressent et ce qui observe n'a pas de nom, pas de forme, pas d'identité. Ni futur ni passé. Et pourtant cela se révèle être plus toi que toi-même. Et tu te tais.


27/10/08

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Texte libre

 

 

Eau sacrée, je reviens à tes rives,

je vois le ruisseau de la sagesse qui coule perpétuellement.

Lave-moi de ces lourdes pensées qui m’empêchent d’atteindre ta mer d’équanimité.

Créateur, nos yeux s’éclaircissent, la lumière sacrée de la sagesse brille dans nos cœurs.

Voyons, soyons ce que nous sommes. Puissent tous les êtres réaliser l’harmonie et l’unité.

Dhyani Ywahoo

Sagesse amérindienne

Traditions et enseignements

des Indiens Cherokee

 

 

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