Mercredi 6 février 2008
Territoire(s) intime(s)
Enfin seule ! Seule pour la première fois depuis vingt cinq ans, autant dire une éternité… Renée n’aurait jamais pu imaginer alors, quand elle
dépérissait en manque d’amour, qu’un jour elle ne rêverait que de vivre seule. La vie est si étrange !
Petit à petit, au fur et à mesure qu’il débarrasse ses affaires, Renée reprend possession des lieux. Plus l’espace se vide mieux elle respire. Ample.
Profond. Comme si elle venait d’enlever une combinaison bien trop étroite ou de s’extraire d’un recoin exigu. Le silence et l’espace l’enveloppent en douceur comme pour lui rappeler qu’elle n’est
jamais seule. Maintenant elle est libre de ses mouvements.
Plus que tout autre chose, c’est devenu entre eux une question de territoire, le besoin pressant de jouir d’un espace minimum vital totalement à soi.
Depuis quelques temps, Renée s’est même amusée à l’évaluer très concrètement: grosso modo, les 50 m2 sans cloison et cinq ou six mètres de hauteur de la pièce centrale de l’appartement. Elle
se représente ainsi les mensurations de son " corps externe ", de sa seconde peau invisible mais pourtant si sensible, si poreuse. Cet espace-là n’est pas seulement chez elle, c’est en elle.
Tout ce qui franchit le seuil pénètre son intimité.
Renée est une éponge. Renée ne porte pas d’imperméable. Elle capte tout ce qui passe à sa portée, ce qui vibre à la même fréquence. Une vraie caisse
de résonances ! Durant l’enfance et bien au-delà, elle a vécu cela presque comme une malédiction, une maladie honteuse, en tout cas, comme un terrible handicap. Renée peut maintenant sourire
quand elle y pense, il y a si longtemps… Chaque jour davantage Renée réalise qu’elle est pourvue au contraire d’un don inestimable. Mais il
lui faut apprendre à s’en servir, cela exige une certaine maîtrise, une pratique assidue.
Aujourd’hui elle est prête à s’y consacrer tout à fait, c’est pour cela qu’il lui faut être seule. Elle n’a pas peur. Elle est comme toujours curieuse. Renée n‘envisage pas la vie comme un combat ou une lutte mais comme un défi, une odyssée, de nouveaux territoires à explorer, une humanité à parfaire. L’homme qui l’a initié à la psychologie des profondeurs répétait toujours que les portes fermées auxquels on se heurte peuvent devenir quand elles tombent, des ponts, des passerelles surplombant des précipices.
Aujourd’hui elle est prête à s’y consacrer tout à fait, c’est pour cela qu’il lui faut être seule. Elle n’a pas peur. Elle est comme toujours curieuse. Renée n‘envisage pas la vie comme un combat ou une lutte mais comme un défi, une odyssée, de nouveaux territoires à explorer, une humanité à parfaire. L’homme qui l’a initié à la psychologie des profondeurs répétait toujours que les portes fermées auxquels on se heurte peuvent devenir quand elles tombent, des ponts, des passerelles surplombant des précipices.
Renée trie, range, dépoussière, réaménage, lave du linge. Elle a encore un peu de mal à réaliser, ils passaient tellement de temps ensemble !
Trop à l’évidence. Trop intense. Trop démesuré. Trop déséquilibré. Trop de trop. C’est ce moment de calme qui suit la tempête, Renée est avant tout soulagée, rassurée, libérée. Aucun dommage ne
semble irréparable, l’essentiel est que cela soit terminé. Elle a tout le temps et l’espace nécessaire pour panser ses plaies.
Renée médite, Renée rêve. Renée se détend. Renée est toujours amoureuse. A peine rencontrés ils ont décidé de s’installer ensemble, certes c’était un
peu fou mais pourquoi pas ? Qui ne tente rien n’a rien ! De toute façon, il n’est vraiment pas raisonnable de n’être jamais fou. Ils ont appris à se connaître en piste et sans filet. Le
pari était risqué mais l’éblouissement total, une véritable révélation. En prenant l’histoire à l’envers, leur rupture prend des allures de fiançailles…
Juste avant qu’il ne s’en aille, elle s’est surprise à constater qu’elle se sent comme un territoire occupé. Aucune négociation n’est envisageable
sans qu’il ait au préalable libéré le terrain. C’est aussi basique que cela. Elle est en apnée, elle ne tiendra plus longtemps avant d’exploser, quitte à tout ravager. La catastrophe a été évitée
de justesse, elle en frémit encore.
C’était il y a huit jours seulement et déjà cela s’estompe. Tout est différent. Une page est tournée. Une autre histoire s’invite sur la pointe des
pieds, une histoire d’amour à réinventer, un nouvel art de vivre à imaginer.
23/01/08
par nature
publié dans :
Territoires intimes
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