1 *m'M t'M* nous sème...

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Etoile
de Vie
Multiple d’Une
Tisse la toile de tes envies
Déparée des voiles
d’embrume
t’étoile
d’envie…
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Vendredi 4 janvier 2008
 
 
Images d'une enfance. Alice Miller. Aubier
 
 
(...) Je m'accoutumais à l'idée que pour peindre je ne pouvais jamais faire de projets ni utiliser ma tête. Dès que je l'essayais, l'enfant se rebellait en moi et s'y refusait. C'est seulement une fois que j'eus appris à la suivre au lieu de la contraindre à produire qu'elle me donna une connaissance de moi-même et de mon histoire qui me fut aussi nouvelle que précieuse et se mit à me fasciner de plus en plus. J'avais de la peine à comprendre que j'aie pu, toute ma vie, passer à côté de se savoir.
 
 
(...) Elle est venue timidement, m'a parlé indistinctement, m'a prise par la main et m'a conduite dans des pièces que j'avais évitées ma vie durant et qui me faisaient peur. Et pourtant, il m'a fallu y entrer, je ne pouvais plus m'en détourner, car c'étaient mes propres espaces intérieurs, ceux-là même que j'essayais d'oublier depuis des dizaines d'années et dans lesquels j'avais abandonné l'enfant seule. Elle avait dû survivre là, rester seule avec tout ce qu'elle savait, et attendre qu'enfin quelqu'un vienne, l'écoute et veuille bien la croire. Et voilà que je me trouvais sur le seuil de cette porte ouverte, sans être guère armée pour la circonstance, avec toute l'angoisse de l'adulte devant l'obscurité et la menace de temps révolus, et je ne pouvais plus me résoudre à refermer la porte et à laisser à nouveau l'enfant seule jusqu'à ma mort. Je pris alors une décision qui devait changer fondamentalement toute mon existence : j'ai résolu de me laisser guider par l'enfant, et de faire confiance à cet être presque autiste qui avait survécu à des décennies d'isolement.
 
 
(...) Rétrospectivement, je dirais que l'enfant en moi, qui voulait peindre, savait ce dont elle avait besoin pour s'exprimer bien mieux que je ne le faisais moi-même avec toute ma formation scolaire. Son refus total de satisfaire aux exigences de la société, de se conformer à ses principes et à ses conventions était le signe de son besoin puissant de ne parler que dans son propre langage, si maladroit et insolite soit-il.
 
Ce besoin ne pouvait rester sans influence sur mon style, que je qualifierais diimprovisation. Il faut constamment que je cherche quelque chose de nouveau, que je trouve, que je tâtonne, que j'essaie, et je ne peux rien faire lentement, en m'appuyant sur des bases connues, en m'exerçant pour mener une chose à son terme. Il faut que je me livre à un processus qui semble avoir ses propres lois, et se dérobe à tout contrôle et à toute censure. Dès que je tente de le diriger, de réfléchir, de travailler plus lentement, il se bloque. Le résultat peut alors paraître techniquement accompli, mais il m'ennuie, sans doute parce qu'il y manque précisément ce langage de l'inconscient qui se dérobe à tout contrôle et à toute censure.
 
 
(...) La lutte pour l'expression de soi au-delà de tout ce que l'on a appris jusqu'alors, le risque d'être rejeté, le fait de ne pas savoir pourquoi bouger ni ou aller et de s'absorber entièrement dans l'action, dans l'instant, dans l'urgence de cette activité - tout cela est comparable à la situation de l'enfant qui lutte pour la vie dans le canal de la naissance.
 
 
par nature publié dans : Le Lavoir
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Vendredi 4 janvier 2008
 

- Allô sœurette, salut, c’est moi. Tu es disponible, j’ai un truc dingue à te raconter ?

- Oui, vas-y, je suis toute ouïe.

 

- Bon, samedi, c’était mon anniversaire. Nous avions prévu notre rituelle petite soirée en amoureux avec Yvan. Champagne, repas fin, standards de jazz et bien sûr distribution de cadeaux sous forme d’énigmes. Tout comme j’adore ! Yvan venait de dresser une belle table sur la terrasse et nous nous apprêtions à déboucher la première bouteille. Comme par hasard, c’est à ce moment précis que débarque Françoise en force, le verbe haut. " Salut les amis ! Je viens arroser la naissance de ma nièce avec vous. " Aïe ! Ce qui était clair, c’est que je n’avais aucune intention de changer nos plans pour la soirée. Et j’étais furax de me retrouver empêtrée dans cette situation très déplaisante.

Tu comprends, elle ne prend ni la peine de téléphoner avant, ni celle de s’assurer que nous serons heureux de la voir et qu’elle n’arrivera pas à un mauvais moment, et une fois sur place, elle ne tâte même pas la température. En plus, cerise sur le gâteau, et je devrais plutôt dire " en moins ", elle se pointe les mains vides.

 

Comme il est plus qu’évident qu’elle a unilatéralement décidé de rester avec nous, je lui explique rapidement le topo. Depuis le temps qu’on est amis, elle sait pourtant que nos soirées en amoureux sont sacro-saintes. Maintenant qu’elle est seule, elle prétend que les couples lui battent froid, comme si devenue célibataire elle représentait soudain une menace. Elle fréquente davantage de femmes seules avec enfants comme elle. J’ai senti monter une certaine hargne contre ses amis en couple ces derniers mois. Elle se dit rejetée, et ainsi elle justifie le mépris avec lequel elle traite les gens. S’il y a une part de vérité là-dedans, ce n’est pas notre cas, naturellement. Effectivement, elle représente bien une menace, mais ça n’a rien à voir avec ce qu’elle imagine, c’est parce qu’elle est terriblement envahissante, abusive, sans limites, comme les gosses...

 

Je lui propose qu’on prenne ensemble le premier verre puis qu’elle nous laisse à notre fête. Et là, elle explose ! Elle nous crache carrément ses injures à la figure. A croire que c’est un crime de lèse majesté de ne pas obtempérer au moindre de ses caprices !

 

-C’est pas possible ! Elle vous a insulté ! ! !

 

- Mais si c’est possible, puisqu’elle l’a fait… Elle a beaucoup changé depuis qu’elle a quitté Marc. Elle devient franchement cynique dans ses relations avec les gens. Et le pire c’est qu’elle est de plus en plus intrusive et envahissante. C’est un cauchemar. Elle me rappelle maman, c’est terrible !

 

Ecoute ça, je me souviens d’un truc : quand je suis partie quelques jours au printemps, elle a décidé de venir planter sa tente avec Flora dans notre jardin. Comme Yvan n’était pas au mieux de sa forme, elle lui a dit que ça lui ferait du bien et de toute façon elle ne lui a pas demandé son avis. Le pauvre ! Il avait, je crois, surtout envie d’être un peu seul… A mon retour, Yvan m’a raconté, very chocking, que pendant son séjour, elle s’était carrément installée à la maison et allait se servir dans ma garde-robe pour s’habiller !

 

- Non, je le crois pas ! C’est incroyable de faire ça !

 

- Je t’assure. Elle s’est appropriée un long tee-shirt que j’adore et je ne suis absolument pas sûre qu’elle daignera me le rendre ! Après tout ce qu’on a vécu ensemble, tous ses temps d’épreuves où l’on s’est soutenu mutuellement, je n’en reviens pas qu’elle se comporte comme ça avec nous. Tu sais comme je suis cool et archi tolérante et compréhensive avec les amis, mais là les bras m’en tombent !

 

Mais attends, je n’ai pas tout à fait terminé mon histoire. Donc, Françoise pète les plombs, jette son venin et s’arrache… Et là, ça devient absolument hallucinant : avant de s’engouffrer dans sa voiture, elle fait un bras d’honneur à Yvan avant de démarrer en trombe !

- Mais elle est complètement folle ou quoi ? Qu’est-ce qui lui prend ?

 

- Je ne sais pas. Le plus dingue, sœurette, c’est qu’à l’instant où je l’ai vu faire son bras d’honneur, j’ai su que notre amitié venait de prendre fin, pfut, comme ça, le temps d’un claquement de doigts. Le reste, j’aurais pu passer par dessus, les pétages de boulons, ça arrive à tout le monde et je sais qu’elle ne va pas bien ces temps-ci. Mais ça, ce geste si ostensiblement vulgaire et insultant, je ne peux pas. Nous sommes des amies intimes, on ne peut quand même pas tout se permettre sous prétexte que les autres nous aiment!

 

Tu sais, ce qui me stupéfie toujours, c’est comme tout peut basculer en un instant. Dans ces moments-là, c’est comme si je me sentais trancher un lien dans le vif avec une épée énorme, du genre de celle des chevaliers… Ma détermination et ma force me dépassent alors très largement.

 

Maintenant, c’est terminé. C’est la première fois que je perds une amie dans ces conditions. Ce n’est pas mon genre de me fâcher avec les gens, encore moins avec mes meilleurs potes. En général, je préfère m’éloigner en silence et sans éclats. Sans bavure ni regret… Là, c’est différent, net et tranchant, je ne veux plus jamais la voir chez moi !Terminado !

 

- De toute façon, ça ne sert à rien d’entretenir des relations qui deviennent vraiment tordues. Sans respect et sans attention à la base, ça ne marche jamais. On ne peut pas ainsi utiliser les autres à sa guise sans se soucier de leurs souhaits ni de leur bien-être.

 

- Oui, c’est vrai, mais on n’aime pas non plus les êtres parce qu’ils sont parfaits, sinon on ne fréquenterait plus personne ! Je me rends compte que j’aime les autres aussi pour leur failles, leurs insuffisances, leurs aspérités… Je m’ennuie très vite avec ceux qui n’ont rien qui dépasse, rien qui fait tâche, ceux qui sont trop lisses. Je suis plus attirée c’est évident par les vilains petits canards. On ne les qualifie pas de vilains pour rien !

 

- Oui, je sais, moi c’est pareil, je m’ennuie vite en compagnie. Justement, je voulais t’appeler ce soir. Vous avez des projets pour ce week-end ? Si ça vous convient, j’aimerais bien descendre vendredi soir.

 

- Non, nous n’avons rien programmé, excellente idée, j’ai encore des tas de trucs à te raconter. Viens pour le dîner. Prends soin de toi. Bisous. Je t’aime.

 

 
à ma sœur, 2 janvier 008
 
 
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Vendredi 4 janvier 2008
" Ecrire, c’est savoir dérober des secrets qu’il faut encore savoir transformer en diamants " Léon Paul Fargue (Le piéton de Paris)
***
Ici, ce qui importe c’est le voyage d’exploration de nos profondeurs, d’aller observer ce qui vit sous la surface. Le but n’est pas tant la création littéraire à proprement dit qu’un processus de révélation d’une vérité intérieure cachée derrière les apparences, d’un " accouchement de soi ". L’art et l’écriture en particulier me semblent être des voies royales de connaissance et de transformation de soi et du monde.
 ***
Entrer en écriture…
Se déployer, s’accueillir multiple, se rassembler…
Se défaire, s’extraire du monde pour entrer en soi, comme un pèlerinage à la source, un retour à la flamme première, aux fondamentaux. Pister l’essentiel au fin fond de l’intime – ce qui n’appartient qu’à soi, souverain, inaliénable…
Une présence à soi, une attention légèrement flottante.
Relâchée, confiante, disponible, en accueil…
S’offrir au jeu du mystère du surgissement de l’étrangeté… A l’émergence d’un JE sauvage et libre, inaliéné, inconnu et pourtant familier. Porter la parole des autres " soi ", devenir porte ouverte, voie de libre circulation de l’être, de sa parole…
Accueillir l’expression vive, spontanée, en devenir spectateur, observateur curieux et attentif. Comment cela résonne ? Je est un autre toujours nouveau, toujours changeant, imprévisible, incontrôlable. Tant d’autres Je à rencontrer, à (re)connaître dans le cercle de tout ce que je suis…
 
" Ecrire est un acte d’amour, s’il ne l’est pas il n’est qu’écriture. "
Cocteau (La difficulté d’être)
 
par nature publié dans : Le Lavoir
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Mardi 1 janvier 2008
 
 
 
 
 
 
 
Une parole rédhibitoire, une attitude déplacée, un sourire irrésistible, un acte incompréhensible, un mensonge en apparence insignifiant, une étrange lueur dans les yeux, un soudain frisson d’angoisse, une image récurrente, un sentiment de joie, le grain de sable…
 
 
 
 
 
 
 
 
Et si nous portions notre attention sur ces infimes détails qui rendent témoignage d’une réalité sous-jacente voilée, qui peuvent revêtir un caractère si frappant, si symbolique, qu’ils provoquent parfois de grandes révélations ?

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Observons le processus dans son ensemble : les intentions, paroles, actes, images, émotions, sensations… qui lui sont associés.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Imaginons une histoire où un faisceau de détails, un petit rien vont faire totalement basculer une situation vers le meilleur ou vers le pire…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Si cela vous inspire, alors Bon Vent !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour participer, écrivez-moi dans la rubrique contact en bas de page
 
 
 
 
 
 
par nature publié dans : Le Lavoir
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Mardi 1 janvier 2008
Au premier jour d’une nouvelle année je me dis pourquoi ne pas improviser un petit quelque chose? Histoire de prendre mon élan, de faire jaillir une étincelle, de creuser mon sillon plus avant…
Et si j’ouvrais mon laboratoire ? Si j’embarquais dans mon chaudron quelques semblables pour des croisières imaginaires à l’intérieur de soi ? Pourquoi Pas ?
Pourquoi ne pas vous proposer les périples, les visites, les itinéraires ou les hors-pistes qui m’inspirent et m’interpellent? Et si l’on partageait l’expérience ? Que chacun porte témoignage de son voyage, de la façon qu’il lui convient et naturellement sans la moindre obligation de rien. La participation peut aussi bien être silencieuse. Ce ne sont que des invitations, des idées lancées à la volée comme du grain au passant …
L’aventure saurait aussi bien s’écrire, se peindre, se chanter, se mettre en mouvement…
Ce qui importe c’est le voyage en lui-même plus que d’atteindre une destination donnée.
Si cela vous chante, laissez-moi donc un petit commentaire …
 
nature
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Vendredi 2 novembre 2007
 
 
La Bergerie, Mardi 2 – tombée du jour
 
Première nuit seule… Dormi comme un bébé ! Réveillée à l’aube, je ressens comme une montée de sève l’énergie si intense du lever. Vite j’enfile un short, une tunique et sors rendre hommage au jour nouveau. Je lève les mains au ciel pour me nourrir de sa puissance renaissante. Je bénis la vie, le cœur chaviré de félicité.
 
La beauté me renverse !
 
Je ne suis pas seule ! A l’autre bout du pré, deux renards en chasse, saluent le retour du soleil à leur manière. Je considère comme un grand honneur que des animaux sauvages m’apparaissent. Ils savent d’instinct que je ne suis pas une menace. Mais surtout j’en déduis que mon rayonnement est assez paisible pour qu’ils puissent ignorer ma présence. J’observe fascinée leurs lents déplacements. Je les distingue à peine. Leur pelage se confond dans l’indécision de la lumière encore voilée, avec la couleur des herbes sèches. Ils vont et viennent, exécutant un étrange ballet – sinueux, comme au ralenti. Plongée dans leur contemplation, le silence se fait dense, palpable – il retentit !
Ah CE silence, quand le mental enfin se tait ! ! ! ! L’interstice par lequel la VIE s’engouffre, sans réfléchir ! " Redevenez des petits enfants. " Qui ne pensent pas mais plongent sans peur, sans jugement et nagent portés par le courant.
***
 
 
Amandine ramasse du petit bois bien sec, le dispose soigneusement dans l’âtre, gratte l’allumette. Salve d’étincelles crépitantes. Flammèches jaunes, oranges, rouges, bleutées. Légère fragrance de sève de pin… " Allumer son feu… " Amandine s’imagine en femme préhistorique. Gardienne du feu. Oui, c’est en elle. Un instinct. Un fondement. Un appel. Elle est d’une nature qui s’enflamme pour un rien. Qui brûle de désir. D’ardentes passions. Parfois, elle se roussit les ailes. Se passe par le feu. Brûle l’inutile par les deux bouts. Renaît de ses cendres.
Amandine prépare une réserve de bois pour la soirée. Chêne vert, châtaignier, cade délicieusement odorant, tilleul, pin… Près d’un feu, elle ne se sent jamais seule. De toute façon, elle aime être seule. Elle jouit de sa propre compagnie. Elle a besoin d’être avec elle-même, comme on ressent le besoin d’être en présence de l’autre - l’être aimé. La vérité c’est qu’elle s’aime. " Sème… ses graines d’amour…" Maintenant que le feu est bien parti, elle ajoute quelques bûches. En écho aux craquements du bois, son estomac gargouille. Depuis le réveil elle n’a rien mangé d’autre que deux pommes ratatinées, dégustées sous l’arbre. Elle entaille quatre belles pommes de terre, garnit la fente de beurre, d’ail et de thym, les dresse dans une cocotte en fonte. Tout à l’heure, elle la posera au milieu des braises, ajoutera un verre d’eau pour qu’elles soient fondantes à souhait. En attendant, elle croque quelques olives, assise au bord de la cheminée. Aimantée par le feu, sa peau brûle. Elle s’écarte vivement. S’étend sur le canapé et revient à la contemplation des flammes. Son regard se perd. Elle voit sans voir. Un autre regard s’allume. Un regard qui sent plus qu’il ne voit. Les flammes dansent à l’intérieur de son corps. Elle est sans contour. Sans densité. Elle ne perçoit plus que mouvance, lumière, chaleur.
Amandine ronronne doucement. S’étire. Baille. Les braises sont à point. Pour patienter, elle renouvelle et allume toutes les bougies. " C’est Noël !  C’est si simple d’enchanter la vie… si belle parée de flammes ! ". Ses yeux d’enfant admirent la magicienne. Celle qui cultive l’art du bonheur dans le secret de ses jardins. Celle qui sème d’infimes éclats de joie dans ses parterres. Celle qui attire l’abondance avec des riens. Celle qui bénit aussi les jours de pluie, les aléas, les coups durs. Celle qui se joue des circonstances.
 
***
 
 Tant de gens traversent leur vie en chiens errants comme des bannis égarés en terre étrangère. On dirait que rien ne leur appartient, que rien ne les concerne, que rien ne leur " parle ". Ils sont si loin d’eux-mêmes qu’ils ne s’en aperçoivent même pas. Ils sillonnent les rues de leur existence sans se saluer, sans se retourner, sans se sourire. Leurs miroirs ne reflètent que l’apparence de ce qu’ils s’imaginent être. Ils ne s’y reconnaissent pas vraiment. Ils ont peur de cette présence aveugle qui les regarde sans les voir. De ce trou noir d’où surgissent parfois d’étranges cataclysmes. Ils soupçonnent peut-être une puissance cachée, inavouée, hasardeuse, d’être à l’œuvre quelque part… Forcément dangereuse. Prédatrice peut-être ? Ils n’osent pas même y penser.
***
J’ai découvert la clé de mon changement d’identité. Si évident en langue des oiseaux !
De Mira belle à Amants dînent, passage du petit homme qui s’admire aux noces sacrées du Roi et de la Reine…
***
 
Amandine referme le carnet. " Réaliser en soi l’union de l’homme et de la femme… ". Maintenant elle ne craint plus l’échec. Un retour en arrière ne fait en aucun cas partie des potentiels qu’elle envisage. Elle est passée de l’autre côté. Une fois pour toute. Elle a choisi d’aimer la vie. Définitivement. Radicalement. Sans discuter. Un grésillement lui indique que l’eau s’est évaporée. " Parfait. A table ! ". Elle se convie à souper. Déguste lentement, affamée et gourmande. Mange avec les doigts, se lèche les babines, se caresse le ventre. " Jamais rien goûté d’aussi bon ! ".
Dans une autre vie, on a bien tenté de lui apprendre que ça ne se fait pas. " Pensez donc, jouir ainsi de la vie, c’est indécent, vraiment dégoûtant !  Il paraît que Dieu réprouve les amoureux de la vie. Priez pour eux pauvres pécheurs !  "
***
 
soirée
 
Dieu, le père sévère, le mal – aimant est mort !
 
J’ai chassé l’imposteur ! Le sinistre rabat-joie, le tue – l’amour, l’empêcheur de vivre. Je l’ai renversé. Tête en bas ! A bas l’arrogant prêcheur !
 
Non, les élans du cœur ne font pas le pécheur. Les élans de l’âme ensemencent tes sillons de vie. Te poussent à te révéler. T’invitent à te recréer sans cesse. Pressée par ta passion. Consumée par tes rêves. Illuminée par tes visions.
 
Ici, je suis à l’abri. J’ai tracé mon cercle.
Avis aux mal –aimants : NO PASARAN !
Ici, je choisis mes convives. Je ne festoie qu’en aimable compagnie. Les indésirables n’ont qu’à passer leur chemin. Qu’ils suivent donc leur propre voie, je n’ai rien contre ! La liberté que je m’accorde, que chacun la revendique, s’il le veut. S’il en a l’audace. Que chacun assume la responsabilité de ses désirs, de ses choix et de ses actes.
 
L’empêcheur de vivre a bien des ritournelles !
Que de vilains tours dans son sac à principes… Se glisser par derrière pour te cisailler les ailes… S’en venir par devant, pointer son doigt accusateur… Te jeter la nuit dans l’eau glacé… T’enterrer six pieds sous terre…T’abandonner au désert…Se rire de ta candeur… Insulter tes idéaux…
 
Tu as tant de visages, tant de déguisements… Toi, Ô Grand Maître d’illusion.
Ici, je suis dans mon sanctuaire. Je suis le maître en ma demeure. Je suis la gardienne du feu. Protectrice de la source. Ici tu n’es rien que néant. Décrété persona non grata. Défroqué, l’imposteur ! Tu n’as jamais désiré mon bien. Tu as seulement cherché à m’imposer une obéissance servile. A me soumettre à ton d’omnipotente volonté. Satané Dictateur. Enfiévré de rêves de vengeance, ivre de sombres visions d’expiation. Juge pervers.
Le sais-tu ? Ton regard salit tout ce qu’il touche.  Avec toi, tout se déforme, se distord, se pervertit, se ternit, se rétrécit, dépérit. Tu réprouves, avec l’énergie du désespoir, tout ce qui est spontané, libre et vivace. Toi, l’Expert comptable de mes faits et gestes, tu y vois une menace à ton ordre ultra programmé. " Le désordre c’est l’ordre moins le pouvoir ! " clame Léo. Ton omnipouvoir fait désordre dans nos vies, camarade ordonnateur ! Le divin coule dans mes veines. Je n’ai nul besoin de toi pour me conduire …tout droit en enfer. Ta machinerie est si grotesque. Tu ne m’impressionnes plus. J’ai grandi. Je sais que le Bon Dieu qui nous juge sans pitié n’existe pas.
 
L’Amour ne juge pas. Jamais ! Point à la ligne.
***
 
Amandine remet du bois, choisit un morceau noueux, très sec. " Il va sûrement joliment craquer celui-là. " Elle reste agenouillée, visage offert à la chaleur, aussi longtemps qu’elle le peut. Se rafraîchit d’un rasade d’eau de source. S’octroie une grappe de raisin cueillie le matin. Elle est si fière de sa récolte, qu’elle prend la bergerie à témoin : " Regarde, j’ai déniché du raisin. Une vigne sauvage, enroulée à un arbre. Comme un boa, jusqu’au ciel ! " Il est subtilement doux et acidulé. Surprenant et délicieux. La flamme des bougies chancelle, agite des ombres fantastiques. Amandine dresse l’oreille. " Le vent s’est levé ". Elle entend des bruits sourds. Pas lourds, branches brisées, grognements. " Voilà de la compagnie ! Plus on est de fous, plus on rit ! ". Silencieusement, elle salue les sangliers. Leur souhaite la bienvenue. " Je vous ai laissé votre part de raisins, ne vous gênez pas. "
Le mistral maintenant souffle en rafales. A travers l’œil de bœuf, elle observe la folle gigue des branches entremêlées. Arbres échevelés, balancés. Transe élémentaire. Grand nettoyage d’automne. Etendue, bien au chaud dans son lit, Amandine confie au vent ses dernières dépouilles.
***
Mi-nuit
 
Pourquoi continuer à s’encombrer d’idées fausses, de pensées obsolètes, de schémas périmés, d’anciens regrets, de vieilles croyances, d’antiques mots d’ordre desséchés, d’indigentes habitudes ?
 
 
L’homme ploie sous le joug de l’inutile. Son palais grouille de fantômes. Un vrai nid de serpents ! Qui sifflent dans sa tête pleine de vent…
 
 
Pourquoi devrais-je me rappeler chaque matin mon nom, mon pedigree, mon avenir présumé ? Suis-je donc condamnée à perpétuité à me reproduire à l’identique ? A me cloner moi-même, un miroir pour unique témoin ?
 
 
Je m’aime changeante, tournoyante, imprévisible… Je m’aime dans l’improvisation, l’idée soudaine, l’envie pressante, la facétie… en pied de nez à l’inertie… Je m’aime tonnante, sonnante ou trébuchante…
***
 
Sourire flottant aux lèvres, Amandine, happée par le hublot vogue dans la tempête. La haute mer déchaîne ses vagues dans un roulement de tambour. Les fracasse en mille éclats d’argent sur la coque. Le navire est sûr. Bercée par le roulis, Amandine sombre corps et biens dans l’obscurité des profondeurs.
 
 
par scribe m'M publié dans : Sanctuaire
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Samedi 13 octobre 2007
Sans un regard en arrière, elle hisse le volumineux sac à dos sur ses épaules. Tout le monde dort encore. Elle attrape son vieux sac de toile et claque doucement la porte du pied. " Enfin le grand soir ! ", elle éclate silencieusement de rire - le jour se lève à peine. Hormis un coq dans le lointain, la campagne est encore assoupie, estompée d’une brumeuse lumière rose - orangée. Elle vérifie la cantine de fer bleue calée à l’arrière du vieux break : couchage, matériel de camping, lampe tempête, provisions de bouche. Cale le sac à dos à l’aide du futon roulé. " Parfait ! En avant, toute ! ".
 
A cette heure, la route est déserte. Elle glisse dans le lecteur sa compil préférée de Stevie Wonder. " I am freeeeeeeee... ", la jeune femme se trémousse en rythme, bat la mesure sur le volant, se répète : " En avant, c’est parti ! ". Les vacances de masse s’achèvent. Impression que le temps se suspend attendant la rentrée . Comme la nature, au petit jour. " Suspendue... ", pourquoi pas ? Comme " Le Pendu " du tarot. Attaché par un pied, tête en bas, bras croisés sur les reins, l'autre jambe nonchalemment? repliée… Détendu, tranquille… "Paradoxal, non ? Eh, le saltimbanque, il est comment le monde, vu la tête en bas ? " Elle roule doucement. Ne veut pas troubler la nature qui s’éveille. Espère toujours qu’un animal sauvage croise son chemin. Une biche, un écureuil, un renard en chasse, peut-être. Elle coupe la musique. Calme l’excitation. Respire tranquillement.
 
***
 
Les kilomètres défilent. Sa conduite est souple - fluide. Elle se demande si elle a bien fait de laisser derrière elle cette unique phrase, griffonnée à la hâte. C’est peut-être pire que rien. Mais elle ne voit rien à dire, rien à expliquer. " C’est MAINTENANT le jour et l’heure, je décolle… M ". Elle fait halte dans une boulangerie de village, choisit un à un les pains au chocolat les plus dorés et croustillants. S’installe en terrasse, au soleil, commande un double café noir. Mirabelle a tout son temps. Elle n’est pas en fuite - ni en avant ni en arrière. Elle extraie du sac de toile grenat un épais carnet à spirale de papier recyclé. Vierge. Saisit le stylo plume à encre verte, neuf, lui aussi. Sur la première page, Mirabelle trace avec application " AN O " au centre, puis, juste en-dessous " Je m’appelle Amandine. Ma vie commence aujourd’hui " ." Voilà, c’est écrit ! ". Les pains au chocolat sont aussi succulents qu’ils en ont l’air. " Bonne augure, ça ! ". Elle les engloutit tous, demande un autre café pour faire descendre tout ça et une serviette pour ses doigts maculés de gras. " Excusez-moi, mademoiselle, il s’appelle comment votre village ? ", "Régalion ". La serveuse astique consciencieusement la table. " Je cherche un gîte, dans la campagne, avec cheminée si possible. Pourriez-vous m’indiquer quelque chose dans les environs ? ", " Il vous faut aller à l’épicerie. Là, vous demandez Nicole, c’est elle qui garde les clés. " Comme en signe de ponctuation, la cloche de l’église fait retentir huit coups. D’un ton solennel, elle se dit : " TOUT commence maintenant… "
 
Elle se sent bien sur cette place gardée de gigantesques platanes. Elle n’est jamais venue par ici, ne connaît personne. " Et pourquoi pas ici ? " Phil est probablement réveillé maintenant. Elle est contente d’avoir laissé ce mot finalement. " Il est assez fin pour comprendre ". En tout cas, elle l’espère - pour lui. Elle n’est pas vraiment inquiète, il aime tellement la vie. " Tu sauras faire face, comme toujours, mon bien-aimé ". Une toute petite bonne femme, légèrement voûtée traverse à grands pas la place, vivement tirée par son chien. Agée d’au moins quatre-vingts ans. Mais le visage, le regard, l’allure sont étonnement jeunes. Elle est belle encore, si vivante. " Oui, pourquoi pas ici… Après tout, ça ne m’engage à rien. " Des gamins tapent le ballon devant le temple circulaire, couleur sable. Les habitués se retrouvent autour d’un petit noir, parcourent les gros titres avant de faire passer le journal au voisin. Elle imagine qu’il en est ainsi chaque matin - une habitude, un rituel, un instant de détente accordé, une mise en condition pour lancer la machine. Elle sirote son café froid à minuscules gorgées. Rien ne la presse, personne ne l’attend plus.
 
***
 
Clefs en poche, Amandine démarre la voiture. " Y a un grand panneau à l’entrée du chemin, avec une double spirale peinte en blanc. C’est tout droit jusqu’à la bergerie. Pouvez pas vous tromper, c’est la seule habitation du coin. " Elle longe un sous-bois clairsemé de chênes verts, débouche sur un vaste pré, aperçoit la petite bâtisse rectangulaire. Il commence déjà à faire chaud.
 
Elle ouvre tout en grand - portes, fenêtres, moustiquaires, volets. C’est rustique - simple et propre. Cheminée surélevée, vieux pavés de terre, murs grossièrement blanchis à la chaux. Juste une grande pièce avec mezzanine. Au-dessus, une chambre éclairée par un gros œil de bœuf. En-dessous, le cabinet de toilette miraculeusement pourvu d’une antique baignoire en fonte et d’un WC. Elle fera la visite en détails tout à l’heure. Amandine a payé une semaine d’avance, le temps de voir si ça lui convient. Elle retourne chercher son gros sac de toile dans la voiture. En sort tout un attirail - bougies, encens, herbes aromatiques, livres, cartes, un petit bloc d’améthyste brute. Sur une coupelle en terre cuite, elle enflamme les charbons sur lesquels vont se consumer les grains de benjoin et les herbes odorantes. Bras tendus, très lentement elle fait le tour de la pièce, enfume bien tout l’espace. " Comme ça, ce sera parfait ! ".
 
Amandine retourne dehors. A l’arrière de la bergerie, elle découvre un petite fontaine de pierre, envahie de lierre. " Magnifique, de l’eau de source ! ". Un jardin semi sauvage se devine à quelques touffes rescapées de soleils, de fleurs de lin, de cosmos, d’œillets d’Inde. Le sous-bois est une réserve naturelle de petit bois. Il complétera à merveille le gros tas de bûches protégé par une bâche, qu’elle a remarqué en arrivant, à l’extrémité de la terrasse. Amandine flaire son nouveau territoire, délimite un large périmètre autour la maison. Mentalement, elle trace un cercle protecteur, non pour marquer une propriété mais plutôt sa zone d’influence. Ce qu’il lui faut, c’est un lieu de pouvoir. Son lieu de pouvoir. Elle a besoin maintenant d’être seule. D’aller plus avant à la rencontre des forces naturelles. Les siennes, comme celles de la planète ou du cosmos. En cercles concentriques, elle revient au centre, maintenant prête à investir les lieux.
 
Sur le seuil, elle est assaillie par une odeur d’église, enrichie de sauge et de lavande. Un coup de balai s’impose – une espèce de rituel, d’hommage rendu aux lieux. L’évier en pierre trône sous une fenêtre. " Quel luxe de laver sa vaisselle en contemplant la nature ! " Le mobilier est réduit à l’essentiel, mais pratique et confortable. Côté cuisine : une table, deux bancs, une étagère de fortune dans une niche fermée d’un rideau à carreaux rouges et blancs, une vieille gazinière flanquée d’un réfrigérateur miniature. Côté " salon " : un vieux canapé décoloré mais confortable, une table basse ovale et un fauteuil club au cuir tout desséché contre la cheminée. Elle repère une autre niche creusée dans la pierre, où disposer quelques affaires. Amandine s’allonge sur le divan. Ferme les yeux. Respire. S’offre à l’instant. Se libère. Remercie. Commence à flotter. S’assoupit presque. Ni rêve, ni sommeil, ni méditation. Instants bénis où elle n’est plus qu’acceptation. Un bienheureux abandon dans lequel elle se repose et se régénère. Chèque en blanc signé à la vie.
 
Elle se redresse d’un bond, toute ragaillardie, file chercher la malle de fer, le sac à dos et le futon. C’est là tout ce qu’elle possède, ce qu’elle a choisi de conserver. Le strict nécessaire. Elle extraie du coffre un batik pourpre imprimé d’une étoile géante. L’étend sur le canapé puis dispose partout où elle peut une multitude de bougies. Elle complète le paysage d'une touche de jaune - une brassée de soleils, dressés dans un lourd vase de verre torsadé, sur la table de la cuisine. " Ca commence à prendre tournure ! ". Une fois déballés les ustensiles de cuisine, tous casés dans la niche, elle hisse la cantine à l’étage. Le matelas est très correct, il sent bon le frais. Elle déroule une fine natte de paille à ses pieds. Le drap de coton blanc et l’épais duvet de plumes vert d’eau qui la suivent partout, rendent la chambre accueillante. Déjà, elle se sent chez elle. Elle vide le sac à dos sur le lit. Refait l’inventaire de sa garde robe, replie tout dans la malle. Résiste à l’envie de s’allonger sur le lit. La fontaine l’appelle. Elle a soif. Elle attrape au passage la gargoulette et sort par la porte de derrière. Amandine découvre un filet d’eau bien maigrelet. " Il est grand temps qu’il pleuve ! ". Elle se cale sur la margelle, attend que le cruchon se remplisse. Un couple de papillons virevoltant se posent sur son genou. " C’est gentil à vous de me souhaiter la bienvenue. Moi aussi, je suis enchantée de faire votre connaissance. J’envie tellement votre légèreté. S’il vous plaît, vous m’apprendrez ? " Sa main dessine au ralenti des arabesques dans le bassin. Elle se rafraîchit délicatement le front, la nuque, les bras. " Hum, comme c’est bon ! " Creuse sa main et lape l’eau, comme un animal.
***
 
Le soleil est au plus haut, Amandine se réfugie dans la fraîcheur des vieilles pierres, tire les volets à l’espagnolette. Grignote quelques figues trop mûres dénichées dans le sous-bois, du pain et du fromage de chèvre, le tout arrosé de délicieuse eau de source. " Un vrai dîner de roi ! ". La bouilloire siffle, elle prépare un café à la turc, agrémenté d’une pincée de gingembre et de quelques graines de cardamome. Son arôme embaume tout l’espace. Elle s’en sert une pleine tasse, se love sur le canapé, respire profondément l’instant. " C’est si bon ! ", se répète-t-elle encore. Dans la bienfaisante pénombre de l’intérieur, tout est silence, hormis le bourdonnement continu des insectes. Elle allume l’énorme cierge, reçu providentiellement hier pour son anniversaire. " Etait-ce seulement hier ?!!! "Elle choisit un des jeux, celui des chamans amérindiens. A la lumière des cartes, elle cherche à distinguer les processus sous-jacents, à reconnaître les énergies en jeu. Non pas pour prédire l’avenir mais pour discerner les meilleurs choix possibles à faire au moment présent. Amandine respire calmement, ferme les yeux, se concentre sur maintenant tandis qu’elle bat lentement le jeu, l’imprégnant de sa vibration. Elle étale les cartes devant elle, en tire une seule :
" Guerrier " - Force de volonté, confiance en soi, self-control.
 
Par quelques vecteurs que ce soient, l’univers nous renvoie ses multiples échos. " Evidemment, ça ne pouvait être que celle-là, la toute dernière carte du jeu, celle de la véritable connaissance ! - Résolu et déterminé, le guerrier demeure comme un roc dans la tempête. Il ne cherche pas le pouvoir sur le monde mais la maîtrise de lui-même. "Et ainsi il pourra devenir un guerrier de la vision." "
C’est par cela qu’elle va " ouvrir " son carnet. Amandine recopie avec application les phrases les plus " parlantes " du message.
La Bergerie, Lundi 1e – 15 H
" Guerrier : Le guerrier possède un esprit ferme, une force de volonté, une confiance et une maîtrise de soi. Ainsi, seulement il pourra suivre jusqu’au bout la voie que lui indiquera sa vision… De cette manière uniquement, il sentira croître l’énergie de son corps et de son esprit se libérer d’elle-même pour enflammer le monde en le menant vers une conscience et une connaissance nouvelles : la véritable connaissance de la nature. "
Percer le voile des apparences. Voir, Respirer de " l’autre côté ". Renouer avec l’esprit animal, végétal, minéral, élémental... Voyager au delà de l’humain... Tête en bas!
ENFLAMMER LE MONDE…Whaoooo ! ! ! !
*
Une vague d’énergie libre traverse Amandine. " Respire ! ".
Enflamme le monde… Ces quelques mots résonnent en cascade, filent comme le vent, la ravissent, la propulsent… Ailleurs
***
 
08/10/07
par scribe m'M publié dans : Sanctuaire
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Samedi 13 octobre 2007
Fragments des Carnets d'Agate
Pour mon fils, Simon
 

Automne 95

- Maman, pourquoi y pleure le monsieur ?

Simon lâche ma main et s'avance vers l'homme assis en tailleur, sur un minuscule tapis usé jusqu'à la corde. A même le trottoir, l'homme est perdu dans la contemplation d'un dessin à la craie esquissé devant lui.

- Dis, c'est parce que qu'elle est morte que t'es triste ?

- Simon, mon chéri, n'ennuie pas le monsieur !

- Laissez-le, madame, y a pas de mal.

Mon petit bonhomme est tout chamboulé mais réussit à retenir les larmes prêtes à jaillir. Sa petite main brûle dans la mienne, tremblotante comme sa voix :

- T'as vu maman, son cœur y saigne ?

Je sais d'expérience qu'il ne sert à rien de lui dire que ça va, que l'homme ne pleure pas, et que de toute façon un cœur ne peut pas saigner comme ça. Simon " voit " réellement ce qu'il dit voir. Il m'a fallu trop longtemps pour l'admettre - Simon n'invente pas d'histoires, Simon ne ment pas. Simon dit la vérité, la sienne, celle qu'il voit et ressent dans tout son petit corps d'enfant. Je lui ai promis que nous n'irions plus jamais consulter personne pour tenter de le " guérir ". Je lui ai juré solennellement que je crois en ce qu'il voit - qu'il n'est pas malade, juste un peu différent, tellement plus sensible que la moyenne. Il faudra du temps, j'en suis consciente, pour réparer les dégâts. Simon a terriblement souffert d'être sans cesse traité de menteur, considéré comme un fabulateur par ses camarades d'école, ses maîtresses, les voisins, tout le monde en somme – même ses parents, pauvre môme! Ca me fait mal quand j'y pense. Enfin, inutile de pleurer sur le passé, ce qui est fait est fait. L'essentiel aujourd'hui est que je sache ce qu'il en est. Comme si Simon lisait dans mes pensées, de sa voix déjà réassurée, il me dit :

- Allez t'inquiète pas, maman, ça va aller tu sais.

J'admire chaque jour sa force de caractère, son courage, sa gentillesse – je suis si fière de lui ! Simon est le genre d'enfant qui se console tout seul. Déjà bébé il valait mieux le laisser tranquille pour qu'il se calme et retrouve le sourire. Simon est d'un naturel flegmatique, un peu lent, réfléchi - un enfant sage. C'est pourquoi nous avions tant de mal les trois premières années à nous expliquer ses brusques sautes d'humeur, ses crises de pleurs, ses moments de prostration ou ses soudain éclats de révolte. En apparence pourtant tout allait bien, aussi bien que possible. Simon est un enfant de l'amour. Sylvain et moi sommes très profondément unis, aussi épris qu'à vingt ans. Le temps qui passe n'a érodé que nos peurs, nos doutes. Notre amour est devenu plus serein même s'il reste aussi passionné. Nous avons attendu longtemps avant de nous sentir prêts à accueillir une autre vie.

 

§§§

Hiver 90

- Agate, mon cœur, cette nuit j'ai rêvé que je marchais en plein midi dans une rue éclaboussée de lumière. Un petit garçon à mes côtés me donnait la main, c'était mon fils ! ! ! Tu te rends compte chérie, j'étais avec mon fils, haut comme trois pommes, marchant fièrement avec son papa ! Brusquement le décor change, nous sommes dans un ancienne ruelle pavée de la vieille ville, très en pente, le gosse pointe le doigt vers une vieille droguerie : - " R'garde p’pa, la grand-mère, elle va bientôt mourir ! ", - " Quelle grand-mère, fils ? ", - " Ben, celle avec son énorme sac sur le dos, on dirait même qu'y va l'écrabouiller tellement qu'il a l'air lourd, j'me demande c'qui y a d'dans ! ", - " Mais, y'a personne dans la rue ! ? ! ? Je me suis réveillé juste à ce moment-là. Bizarre comme rêve, tu ne trouves pas ?

- Oui, bizarre…

Tu sais, je me suis déjà demandée si les enfants ne choisissent pas leurs parents… s'ils n'annoncent pas leur arrivée, quelquefois… ça peut-être n'importe comment… Moi depuis quelques temps j'ai un nom qui me trotte dans la tête, le jour, la nuit, n'importe quand, SIMON. Ca te dit quelque chose, t'en connais un ?

- Non, je ne crois pas…

Attends, côté paternel, il me semble qu'il y avait un grand oncle qui s'appelait Simon, un original à ce qu'il paraît… Je crois me souvenir qu'il est mort à la guerre ou qu'il a disparu sans laisser de trace, quelque chose comme ça.

 

Simon est né 9 mois plus tard. Nous sommes fous de joie et de peur panique à l'idée d'être désormais parents, d'en prendre pour perpèt… Enfin, comme la plupart des nouveaux parents j'imagine… Un peu sonnés devant l'ampleur des responsabilités certes, mais tellement émerveillés qu'Il soit là, avec nous - si chaud, si doux, si sucré. Si divinement beau ! De crises de fou rire en crises de larmes, nous nous métamorphosons doucement en père et mère.

§§§

Printemps 93

Tout va bien donc – ou presque. Simon mange bien, dort bien, pleure peu. Bonne santé, bon tempérament, très éveillé, extrêmement curieux, calme. Sauf pendant ses crises, qui se déclenchent soudainement, sans aucune raison apparente, n'importe où, n'importe quand. Nous avons envisagé des causes d'ordre physique, des douleurs, une malformation interne peut-être ? Nous avons pensé aux cauchemars qui peuvent être terrifiants chez les petits, mais les crises surgissent aussi bien le jour que la nuit. Nous avons même soupçonné notre maison d'être malsaine, peut-être est-elle construite avec des matériaux toxiques, mais les analyses n'ont rien révélé de dangereux. Puis le pédiatre a tenu à réaliser, pour nous rassurer, toute une batterie d'examens neurologiques, R.A.S. L'école, à son tour, nous a invités à rencontrer un pédopsychiatre - nouvelle série de tests, psychologiques cette fois - un homme simple, de bon sens, pas du genre alarmiste :

- Simon est un petit garçon tout à fait normal, vous n'avez pas à vous inquiéter. Il est juste très intelligent, très sensible. Il apprendra peu à peu en grandissant à maîtriser ses émotions. Faites-lui confiance, laissez-le libre, il sait ce qui est bon pour lui. Encouragez-le, donnez-lui des responsabilité s, c'est un enfant très autonome. Tout ira bien, vous verrez. Soyez tranquille, il en a besoin.

Nous sommes sortis de là rassérénés. Nous avions envie de rire de nos peurs. Elles nous paraissaient tellement injustifiées, nées probablement de notre inexpérience. Mais, en réalité, ça n'a rien changé. Simon a régulièrement ses crises et nous ne parvenons pas tout à fait à nous tranquilliser.

 

§§§

 

Automne 94

Simon ne s'est pas pressé pour se mettre à parler. Il a toujours eu une façon bien à lui de se faire comprendre, une gestuelle étonnamment explicite. Mais surtout cela tient à quelque chose d'indéfinissable dans ses yeux – il suffit de croiser son regard et l'on sait aussitôt ce qu'il désire.

Nous nous sommes installés à la campagne, dans une charmante petite maison en pierre de taille, presque entièrement dissimulée sous une luxuriante vigne vierge. Nous avons déniché ce petit bijou par hasard, sans l'avoir cherché et avons immédiatement été séduits. Notre jardin planté d'arbres fruitiers jouxte la départementale, très peu fréquentée. La maison, légèrement en retrait est à l'abri des regards, protégée par une épaisse rangée d'arbres. Un lieu idéal pour Simon. C'est à cette époque-là qu'il a parlé pour la première fois de façon parfaitement intelligible. Son père et moi nous sommes regardés, stupéfaits, doutant de ce que nous venions d'entendre. Simon ne parle pas encore et voilà qu'il nous sort une tirade comme récitée d'un livre :

- Hé, venez voir la belle dame ! Elle prend le thé au salon. Elle est toute seule, elle a besoin de compagnie!

Nous le suivons, sans réfléchir et trouvons le salon tel que nous l'avons laissé - vide. Mais Simon n'en démord pas : une belle dame boit son thé devant la cheminée. Elle est très triste d'être seule et elle l'appelle à l'aide. Et plus nous lui répétons qu'il n'y a personne, plus il s'énerve. C'est une de ses crises, ça recommence.. . Nous avons espéré qu'une vie en plein air les ferait disparaître. Peut-être faudra-t-il un peu de