1 *m'M t'M* nous sème...

*
**
Etoile
de Vie
Multiple d’Une
Tisse la toile de tes envies
Déparée des voiles
d’embrume
t’étoile
d’envie…
**
*
 
Samedi 9 février 2008
A MARIA 
 
Mon amour, ma princesse
Depuis que tu as fait voile
pour le paradis des enfants,
c'est ici au bord de l'eau que j'aime
venir te rencontrer, te parler.
 
 
L'eau courante, la fluidité,
l'ondoiement, le scintillement,
la musique des feuilles soulevées
par le vent me chuchote à l'oreille
que le temps de la libération et
de l'expansion est venu pour toi.
 
 
C'est ici à la Source 
qu'un nouveau chemin m'est apparu,
Un chemin de vie aux mille potentialités.
J'ai rêvé ma vie toute éveillée,
et j'ai su qu'ici je serai ce que je suis.
Je ne savais pas que tu ne serais plus là.
Les glouglous de l'eau qui coule
me conduisent jusqu'à toi.
 
 
Mon regard ne cherche pas hier.
Ce soir devant le feu j'ai senti
ta présence dans l'espace
Ta présence dans mon présent.
Hier s'en est allé comme toi.
Dans mon coeur tu es vivante,
au présent pour toujours.
Il n'est ni commencement ni fin
Juste un éternel présent,
Ici et maintenant.
 

Je n'imaginais pas que je pourrais écrire,
à toi qui n'a jamais appris à lire.
Pour toi j'écrirai des histoires
dans une langue enchantée
réservées à ceux dont l'âme
enfantine sait encore chanter.
 

Hissons la grand voile, toutes limites dissoutes.
L'espace est si ouvert que l'univers m'appelle
à explorer tout ce que je désire.
Mes rêves s'éveillent à la réalité.
Je les caresse, je les nourris, je leur parle.
Venez, venez, venez,
Prenez forme, recevez souffle et feu.
 

Je te raconterai tout,
mon enfant, mon amour,
Je partagerai avec toi
mes monts et mes merveilles
mon enfant, ma princesse.
 

Ici et maintenant j'ai demandé au vent
de te transmettre, dans un envol
de papillons multicolores, tout mon amour.
A toi ma princesse qui danse dans le ciel étoilé
je dois ma force et ma foi, merci à toi mon ange.
 
 
Les retrouvailles, pas encore, pas encore…
J'ai encore tant à vivre, à aimer, à donner.
 
 
 
2 octobre 005
 
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Samedi 9 février 2008
 
" Qu’est ce que la vie ?
C’est l’éclair
Du feu dans la nuit
C’est le souffle
Du bison dans l’hiver
C’est la petite ombre
Qui se hasarde sur l’herbe
Et se perd au coucher du soleil. 
CROWFOOT ( indien blackfeet)
 



à Maria
 
Nous avons fêté ton départ et nos adieux. Pendant trois jours en communion avec nos proches. Dehors devant un énorme feu alimenté en continu nuit et jour. Le premier jour, longtemps avant la nuit, des étoiles filantes traversaient le ciel immense. Tout le monde s’exclamait, des dizaines d’étoiles filantes allumaient la nuit. On n’avait jamais vu ça, mon amour, même en plein mois d’août. C’est comme si la lumière d’en haut venait à ta rencontre. Comme pour annoncer ton expansion. Pendant trois jours, tous en communion... Les vivants d’ici bas et les vivants de l’autre côté du voile. Dans les bras de Mère Nature.
 
 
 
Tous unis AVEC et POUR TOI
La quintessence de ton passage terrestre
pleinement dévoilée Là
des voiles à ailes
dévoile, es là…

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Samedi 9 février 2008

 
1e jour, 1e cygne:

UN feu d’artifice d’étoiles filantes…



2e jour, 2e cygne :

UNE nuée d’oiseaux innombrables…



3e jour, 3e cygne :

UN rayon de miel éclaire la mer grise

De cendre chaude...

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Samedi 9 février 2008
 
 
Nouveau jour
D’entre les mondes
Maria en conscience
Mes larmes coulent
Je te sens toute proche
Petite filoche
Mon cœur est lourd
Je sens ton amour
Ca coule
 
 
Je SAIS que tu as choisi librement de partir et tu sais comme je me suis réjouis de ta libération. Je me souviens de ce rituel qu’Atoussa avait initié. L’idée nous avait tous enchanté : CHOISIR LE MEILLEUR dans nos vies pour l’année 2005 à venir, les écrire puis se réunir pour les brûler à la Source dans la cheminée.
 
Je voulais que toi aussi tu choisisses ce que tu désires, je ne savais comment faire. Jef a eu l’idée de te mettre un papier blanc dans la main pour que s’y déposent tes vœux. Evidemment, c’était si simple ! Le moment venu, j’ai tenu la petite feuille sur ta main et je t’ai expliqué : Tu es entièrement libre, mon amour, tu peux choisir de rester ou de partir. Toi seule sais. Comme une permission de mourir, je t’ai dit de ne pas te soucier de nous, de faire ce que tu as à faire pour ton âme. Tu peux prendre ton envol ou demeurer entre deux mondes, dans un corps " inutilisable ", rayonnant le Mystère de la vie. Je t’ai dit aussi que tu pouvais guérir totalement, par miracle. Trois possibilités, renaître de l’autre côté, vivre paralysée ou renaître Ici.
 
Tu as choisi le retour à l’ange.
Comme je te comprends !
 
Tu es morte aux Sylphes, dans ta maison, avec ton père. Je te remercie d’avoir choisi ce lieu, il était parfait. Quand, avec Nanou, nous sommes arrivés à la maison pour te voir, quelques amis, déjà là, fumaient dehors dans l’air froid de décembre. Mes chers amis que je rencontrais si rarement depuis mon départ !
 
Si la libération de l’âme expanse le cœur, la vue de la chair sans vie est indescriptible. Tu étais encore chaude, j’ai pu capter les derniers rayons de ta chaleur vitale. J’étais en choc, c’est si soudain ! Mais non pas imprévisible, les signes n’avaient pas manqué... travail préparatoire...
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Samedi 9 février 2008

 

Pour certains tu étais plus morte que vive

Tous ceux qui te croisaient

Ressentaient quelque chose de spécial

Différent pour chacun

Quoiqu’il en soit

Ça éveillait

Une étincelle...

 

 

Parce Que tu ne parlais pas, ne bougeais pas, ne manifestais pas de signes évidents de conscience ni de communication, chacun était d’autant plus interpellé par Ta Présence. Tu témoignais d’une présence hors du corps. Que reste-il de l’être quand le cerveau ne fonctionne plus que pour maintenir les fonctions vitales de survie ?

Il reste l’Essentiel, l’ETRE…

Emanation puissante, mystérieuse, immobile, silencieuse.

Une Présence dans les yeux, parfois quelques larmes

A certains moments, une Ecoute non des oreilles mais de l’être tout entier

Une certaine énergie qui pénètre le cœur en ta présence

Pour entrer en communication avec toi

Il suffisait de débrancher le mode mental pour Te Ressentir

Comme un changement d’altitude

Ca s’est révélé pleinement à moi...

Dès le premier jour où tu es " partie "

Ma petite fille en vie en mouvement en paroles

Plus là, plus jamais là

Transformation radicale, changement d’état

RUPTURE

Encore vivante mais plus dans notre ICI

AUTRE mais Semblable

Ta personnalité s’est comme effacée, volatilisée

Tu n’ES plus que Présence 

 

Ton ECOUTE je la ressens si intensément quand je t’explique tout ce qui t’arrive et que nous serons toujours là en amour, quoiqu’il arrive. J’ai l’impression que te pousse des oreilles d’éléphant, tellement je te sens Ecouter de toute ton âme. C’est dans une autre dimension de nos êtres que la rencontre a lieu, au-delà. Dans l’apparence de la mort, une Présence impressionnante, un courage, une force, une détermination, un amour... 

 

A d’autres moments, tu pourrais aussi bien être à l’autre extrémité du cosmos… à des années lumière et pourtant toujours rattachée à ton enveloppe Maria, en vie, en lutte. Car cette fois là, tu as choisi de te battre pour la vie. 

 

Personne n’est passé à côté ou à travers toi. Même ne sachant trop comment communiquer avec toi, chacun entrait en relation à tâtons, chacun s’harmonisant à sa façon. Evidemment c’était bien plus simple pour ceux qui ne t’avaient pas connu " avant ". Pour les autres, dans un premier temps, la Maria AVANT, avait tendance à s’inscrire comme en surimpression et à masquer ta réalité présente. Ils ne te voyaient pas réellement telle que tu étais devenue, ils ne voyaient que ce que tu avis été et ne serais plus. Passage obligé : faire le deuil de Maria pour rencontrer MARIA à nouveau, sur un autre plan. Rupture, continuité, une autre, la même, MARIA. 

Après coup, je me suis aperçue qu’inconsciemment je m’étais préparée à cette épreuve, en me donnant les moyens de l’accepter et d’en être transformée. Le déclic, le sésame ouvre-toi ? Quelque chose d’essentiel dont je venais enfin de prendre conscience, qui est la base même de tout travail : accepter la réalité telle qu’elle est, dire oui à tout ce qui est, parce que CELA EST. Je n’avais jamais réellement pris conscience, auparavant, à quel point j’avais refusé d’accepter la réalité tout bonnement pour ce qu’elle est…

 

…TOUT SIMPLEMENT

…VOIR et ACCEPTER CE QUI EST…

…EVEIL

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Samedi 9 février 2008
 
 
Je la retrouve gisante sur un lit, dans la salle commune du service de réanimation de neurochirurgie. Branchée à des machines, une perfusion pour l'hydratation et la médication, une voie centrale " au cas où " ?, une sonde de dérivation pour drainer le liquide céphalo-rachidien, une autre pour recueillir le pipi, un tube enfoncé dans la bouche pour respirer, des électrodes pour enregistrer le rythme cardiaque, le rythme respiratoire, les gaz du sang. (Tout ça, je le découvrirais bientôt.) Elle est toujours en vie… les écrans de contrôle l'attestent.
 
Non, je ne suis pas médecin, ni infirmière, ni même aide-soignante. Je ne suis pas une professionnelle de la santé, de la maladie non plus d'ailleurs. Je n'ai même pas l'esprit scientifique, je suis une littéraire. Et je déteste les machines en général, y compris les inoffensifs robots ménagers ou autres mécaniques essentiellement bonnes à te vriller les tympans. Je n'ai pas confiance en la médecine officielle et j'ai d'excellentes raisons pour cela. Vous vous souvenez, le père chercheur et visionnaire, qui veut sauver l'humanité ? Mais je suis fan d'" Urgences " à la télé et je décide de voir dans le personnel hospitalier des êtres humains, comme vous et moi. Je fais le pari de l'ouverture, de la vérité et du respect mutuel.
 
Je suis la mère de l'enfant branchée de tous les côtés, inerte, presque morte. Elle est dans sa septième année, elle s'appelle Maria, comme sa grand-mère maternelle. C'est ma petite princesse, elle me ressemble. Elle entre dans la catégorie IMC, infirme moteur-cérébral ça veut dire pour les non initiés. Epileptique, très, très en retard dans son développement psychomoteur: handicap, appareillage, institution spécialisée, hospitalisations, rééducation et bla-bla-bla...
 
Enfin ça, c'était vrai hier, tout à l'heure, dans une autre vie. Ici et maintenant, ma petite fille branchée, terrassée, est presque encore vivante. Là, dans l'instant, je pressens le point de non-retour, le " plus jamais comme avant ", l'irrémédiablement autre.

Le choc, un coup de fouet qui me réveille, je suis ultra lucide. J'ouvre tout grand les yeux, les oreilles, mon coeur écoute ce que mon esprit sait déjà. J'accepte la réalité telle que je la vois, je l'enregistre dans ses moindres détails, je la regarde dans les yeux, je soutiens son regard. OUI, je lui fais face, je me tiens résolument droite, déterminée à l'affronter. Bien sûr j'ai peur, je suis terrifiée, souffle coupé, gorge étranglée, tripes nouées, vidée d'énergie. C'est la fin du monde, d'un monde connu, familier, sécurisant. Plus rien ne sera plus jamais comme avant. OK, la vérité les yeux dans les yeux, j'y suis prête. Par quel miracle ? Je flaire ma piste depuis si longtemps, j'ai suivi le fil de mon inspiration, exploré ce qui m'appelle et m'interpelle. Je suis préparée, c'est ainsi, le fait est.
 
La fin d'un monde annonce nécessairement le début d'un autre, un nouveau commencement. L'aube succède à la nuit. Maria, telle qu'elle était n'existe plus, disparue, envolée, évaporée, elle ne reviendra plus jamais. Maria, telle qu'elle est ici, branchée, flottant entre la vie et la mort, EST LA, une autre Maria à reconnaître, à rencontrer, à découvrir, à aimer, à soigner, à protéger.
 
Je regarde ses yeux, ils ne me voient pas, elle est ailleurs, si loin qu'elle pourrait aussi bien être à l'autre extrémité de la galaxie. Tuyaux et machines sont plutôt effrayants, je n'ose pas encore l'approcher. Je suis éminemment impressionnée, étrangement intimidée, au seuil d'une révélation. Je m'approche lentement, prends sa main, en silence puis doucement, je commence à lui parler. Je ne la quitte pas des yeux, toutes mes antennes déployées, je la ressens. Maria ECOUTE, je le sais, je le sens, c'est évident. Ses oreilles s'agrandissent jusqu'à devenir d'énormes oreilles d'éléphant, tous les pores de sa peau se dilatent, seuls ses yeux sont mobiles, à peine, c'est incroyable !
 
Quelqu'un écoute. Une présence écoute. Ca n'a plus rien à voir avec la conscience ordinaire, rendue impossible par d'irréversibles dommages au cerveau. Tout processus mental a définitivement disparu. Et pourtant quelqu'un écoute, l'intensité en est presque tangible, du moins pour moi, qui l'ait accueilli dans ma chair, aimé dans un corps invisible en devenir. Sa présence n'est plus perceptible dans son regard, ses mouvements, sa parole. Plus de signes extérieurs de conscience. Il ne reste plus rien de sa personnalité, de sa vitalité. Son visage est d'une rigidité de cire, dénué de tout expression, comme déserté. Les machines confirment mon ressenti, pouls et respiration s'accélèrent quand nous lui parlons, c'est très net. Plus tard, je remarquerai qu'elle sent notre arrivée avant même que nous entrions en silence, car à chaque fois ses rythmes s'emballent.

 
Sa présence n'est plus strictement contenue dans son corps, ça déborde de partout, comme une essence volatile, parfois si légère, presque imperceptible, parfois si concentrée, tellement puissante. La conscience, habituellement assujettie au corps, s'est fait la belle. Elle se déplace dans d'autres mondes, d'autres dimensions, dans l'infini cosmos ? Perdue dans l'immensité, enfermée hors de son corps ?
 
Nos présences respectives sont reliées, s'interpénètrent, communiquent, se parlent. C'est un mystère, le plus grand des Mystères, celui de l'Etre, de la Vie, de la Mort, du Passage. Nos Etres sont toujours là, mère et fille, unies par l'amour. Ma fille de chair est devenue intemporelle. Le rapport s'est inversé, maintenant c'est elle l'ancienne. Elle éveille par le mystère de sa présence une sagesse oubliée, une mémoire du fond des âges, un parfum de liberté illimitée.
 
Sa volonté et sa détermination de vivre malgré tout me communiquent un courage et une force insoupçonnés. Nous allons vivre à cheval entre 2 mondes, en apprentis équilibristes, au jour le jour, entre possible et impossible, matériel et immatériel, penser et ressentir, paraître et être, visible et invisible.
 
05 - 08 - 006
 
 
Nature, mère de...
 
 
par nature publié dans : Maria
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Mercredi 6 février 2008
Territoire(s) intime(s)
 
 
 
 
Enfin seule ! Seule pour la première fois depuis vingt cinq ans, autant dire une éternité… Renée n’aurait jamais pu imaginer alors, quand elle dépérissait en manque d’amour, qu’un jour elle ne rêverait que de vivre seule. La vie est si étrange !


Petit à petit, au fur et à mesure qu’il débarrasse ses affaires, Renée reprend possession des lieux. Plus l’espace se vide mieux elle respire. Ample. Profond. Comme si elle venait d’enlever une combinaison bien trop étroite ou de s’extraire d’un recoin exigu. Le silence et l’espace l’enveloppent en douceur comme pour lui rappeler qu’elle n’est jamais seule. Maintenant elle est libre de ses mouvements.


Plus que tout autre chose, c’est devenu entre eux une question de territoire, le besoin pressant de jouir d’un espace minimum vital totalement à soi. Depuis quelques temps, Renée s’est même amusée à l’évaluer très concrètement: grosso modo, les 50 m2 sans cloison et cinq ou six mètres de hauteur de la pièce centrale de l’appartement. Elle se représente ainsi les mensurations de son " corps externe ", de sa seconde peau invisible mais pourtant si sensible, si poreuse. Cet espace-là n’est pas seulement chez elle, c’est en elle. Tout ce qui franchit le seuil pénètre son intimité.


Renée est une éponge. Renée ne porte pas d’imperméable. Elle capte tout ce qui passe à sa portée, ce qui vibre à la même fréquence. Une vraie caisse de résonances ! Durant l’enfance et bien au-delà, elle a vécu cela presque comme une malédiction, une maladie honteuse, en tout cas, comme un terrible handicap. Renée peut maintenant sourire quand elle y pense, il y a si longtemps… Chaque jour davantage Renée réalise qu’elle est pourvue au contraire d’un don inestimable. Mais il lui faut apprendre à s’en servir, cela exige une certaine maîtrise, une pratique assidue. 



Aujourd’hui elle est prête à s’y consacrer tout à fait, c’est pour cela qu’il lui faut être seule. Elle n’a pas peur. Elle est comme toujours curieuse. Renée n‘envisage pas la vie comme un combat ou une lutte mais comme un défi, une odyssée, de nouveaux territoires à explorer, une humanité à parfaire. L’homme qui l’a initié à la psychologie des profondeurs répétait toujours que les portes fermées auxquels on se heurte peuvent devenir quand elles tombent, des ponts, des passerelles surplombant des précipices.



Renée trie, range, dépoussière, réaménage, lave du linge. Elle a encore un peu de mal à réaliser, ils passaient tellement de temps ensemble ! Trop à l’évidence. Trop intense. Trop démesuré. Trop déséquilibré. Trop de trop. C’est ce moment de calme qui suit la tempête, Renée est avant tout soulagée, rassurée, libérée. Aucun dommage ne semble irréparable, l’essentiel est que cela soit terminé. Elle a tout le temps et l’espace nécessaire pour panser ses plaies.


Renée médite, Renée rêve. Renée se détend. Renée est toujours amoureuse. A peine rencontrés ils ont décidé de s’installer ensemble, certes c’était un peu fou mais pourquoi pas ? Qui ne tente rien n’a rien ! De toute façon, il n’est vraiment pas raisonnable de n’être jamais fou. Ils ont appris à se connaître en piste et sans filet. Le pari était risqué mais l’éblouissement total, une véritable révélation. En prenant l’histoire à l’envers, leur rupture prend des allures de fiançailles…


Juste avant qu’il ne s’en aille, elle s’est surprise à constater qu’elle se sent comme un territoire occupé. Aucune négociation n’est envisageable sans qu’il ait au préalable libéré le terrain. C’est aussi basique que cela. Elle est en apnée, elle ne tiendra plus longtemps avant d’exploser, quitte à tout ravager. La catastrophe a été évitée de justesse, elle en frémit encore.


C’était il y a huit jours seulement et déjà cela s’estompe. Tout est différent. Une page est tournée. Une autre histoire s’invite sur la pointe des pieds, une histoire d’amour à réinventer, un nouvel art de vivre à imaginer.
 
 
23/01/08
 
 
par nature publié dans : Territoires intimes
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Samedi 2 février 2008
Piste d’envol No 2 



" On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas tout d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. " Georges Bernanos dans  La France des robots 

 
Sentiments d’indiscrétion, d’intrusion, d’envahissement, nous nous sentons parfois violés dans ce que nous avons de plus précieux : notre intimité. Les frontières sont certes invisibles mais au combien réelles. Il peut s’agir de notre corps, de nos émotions, de nos pensées, de notre espace, de notre temps, de nos relations, de nos créations, de nos rêves…  
Observons ce qui se passe alors, comment réagissons-nous ?
par nature publié dans : Le Lavoir
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Mardi 15 janvier 2008



&&&
 
La porte s’ouvre et se referme bruyamment, elle sursaute. De l’étage, elle l’entend jeter son sac qui manque son but et s’écrase par terre, puis un fracas de vaisselle rudement posée dans l’évier. Renée retient sous souffle, cœur battant, mains légèrement tremblantes. Plus le temps passe moins elle parvient à supporter le stress et la tension des autres. Ca la rend littéralement malade. Cela ne finira-t-il donc jamais ? Est-elle condamnée à vie à éponger les tourments de ceux qu’elle côtoie ou qui simplement croisent sa route? Selon les circonstances, son hyper réceptivité aux autres lui apparaît tour à tour comme une malédiction ou un don inestimable. Elle se demande parfois si elle n’est pas affligée d’une sorte de syndrome christique qui lui commanderait de prendre sur elle tous les malheurs du monde. Aussi loin qu’elle se souvienne, elle a ressenti la douleur, le chagrin, la peur de ses proches dans sa chair et dans son âme sans comprendre qu’ils n’étaient pas siens, qu’ils n’étaient que l’émanation de leurs émotions. Elle n’est pas passée loin de l’effondrement ou de la folie, s’acharnant à trouver un sens, une explication à l’angoisse qui la dévore.
 
Depuis, Renée a fait du chemin et elle en est fière. Elle sait maintenant différencier ce qui lui appartient en propre, démêler l’écheveau embrouillé de ses peurs et de celles des autres. C’est déjà beaucoup, se dit-elle pour s’encourager et se rassurer, mais il est clair que cela n’est pas encore suffisant. Car des angoisses venues d’ailleurs continuent à l’envahir et la laissent pantelante, impuissante et terriblement vulnérable comme c’est le cas aujourd’hui. Pourtant Renée n’est pas une petite nature. Elle a senti maintes fois en situation d’urgence ou de drame une force insoupçonnée se lever et prendre la situation en main. Bizarrement, ce sont les plus petites choses qui au quotidien la mettent par terre. Ces infimes manifestations de violence ordinaire que personne ou presque n’identifie comme telles et qui pourtant la ravagent.

Comme tout le monde, elle s’est bâtie dans l’enfance une forteresse pour se protéger de l’ennemi. Mais avec le temps Renée a fini par comprendre qu’en se défendant ainsi, elle s’est coupée d’elle-même, de sa douleur, de sa révolte, de ses peurs et qu’au bout du compte le remède s’avère être encore pire que le mal. S’extraire de sa prison lui a demandé de longues années de travail acharné sur elle-même pour vaincre ses résistances. Elle a décidé alors de ne plus commettre la même erreur, d’avancer désormais sans armure. Si chacun attend que l’autre se désarme pour oser en faire autant, comment espérer faire évoluer les choses un jour, il faut bien que quelqu’un commence? Renée ne regrette pas son choix d’alors, elle est intimement convaincue qu’il n’existe pas d’autres voies possibles que celle de faire face courageusement à ses sentiments sans essayer de les masquer ou de les projeter sur les autres pour s’en défaire.
 
Renée, les mains appuyées sur le plexus tente de calmer le tourbillon qui menace de l’emporter là où elle ne le souhaite pas, sur la mauvaise pente de la réaction, du rejet, de la colère. Une fois de plus, elle est prise au dépourvu, pas le temps de penser ou d’analyser quoique ce soit, elle est percutée de plein fouet par la puissance du mal – être de son amoureux. Apparemment ce n’est rien de plus qu’un mouvement d’humeur chagrine, rien de grave en somme. Mais quand il est dans cet état, elle le sent immédiatement, avant même qu’il ne parle ou n’agisse. Elle le ressent à sa manière d’ouvrir la porte, de marcher, de bouger. Elle n’a même pas besoin de le voir, elle entend ses mauvaises humeurs et pire encore elle les reçoit comme un camouflet. L’atmosphère se charge d’orage, électrique, oppressante. Elle n’arrive plus à respirer, elle vacille, son cœur, ses pensées s’affolent, elle a l’impression qu’elle va mourir faute de retrouver son souffle.

Bien sûr il ne comprend pas. Les réactions de Renée lui semble particulièrement disproportionnées, voire un peu folles. Il n’est pas vraiment conscient de ce qui l’anime, de ce qu’il dégage, de ce qu’il projette. Elle voit bien qu’il se débat pour expulser les démons qui le maintiennent pieds et poings liés, et c’est bien là où le bat blesse. Il a beau lâcher les chiens, ils reviennent toujours fidèlement vers leur maître lui lécher la main. Le soulagement que cela lui procure ne dure jamais qu’un trop bref instant. Maintenant qu’il a relâché la pression, il va commencer à pouvoir se détendre. Pour Renée, ce n’est pas si simple, car ce qu’il a libéré la pénètre avec la force dévastatrice d’un ouragan. Peut-être a-t-elle trop longtemps partagé la vie d’êtres tourmentés. Et elle sait bien pourquoi et ne peut ignorer qu’il ne fait que réveiller de vieilles blessures qu’elle croyait enfin guéries. D’ailleurs ce serait probablement le cas, s’il ne rejouait pas au présent les pénibles scénarios de son enfance. Pourtant, Renée ne peut pas réellement l’accabler, même si sur le moment elle le rend responsable. N’est-elle pas libre de vivre à ses côtés ? Elle ne veut pas tomber dans le même piège que ceux qui préfèrent endosser le rôle de la victime plutôt que d’affronter et d’assumer les conséquences de leurs choix. Elle est là parce qu’elle le veut bien, qu’elle l’a choisi, et que jusqu’à présent cela avait du sens, qu’elle y trouvait malgré tout son compte.
 
Renée ne change pas d’homme comme de chemise. Elle envisage le couple comme une course de fond, un long cheminement à deux, qui nécessite pour le moins patience, endurance et ténacité. Elle sait depuis fort longtemps que les mêmes problèmes resurgissent tant qu’ils ne sont pas réglés. Cela porte d’ailleurs un nom savant, la " compulsion de répétition " qui pousse à reproduire les mêmes scénarios. En théorie elle connaît ce mécanisme sur le bout des doigts et le repère très facilement chez les autres. En pratique, c’est hélas plus compliqué, car il ne suffit pas de prendre conscience de ses vieux schémas répétitifs et malsains pour s’en libérer, il faut encore parvenir à les transformer pour pouvoir écrire une nouvelle histoire.
 
Et c’est exactement ce qu’elle vise, remettre les pendules à l’heure et les comptes à zéro. Elle est convaincue que le pire est derrière elle car elle a fini par perdre ce goût du malheur qui lui collait à la peau. Elle ne croit pas à la fatalité, au hasard ni à l’impuissance, même si elle sait bien qu’il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Tandis que Renée retrouve peu à peu son calme en livrant ses pensées à son journal, elle l’entend à nouveau s’agiter en bas. Il ne tient pas en place, arpente l’appartement de long en large comme un fauve en cage, ne sachant que faire de lui-même. Elle est malheureuse pour lui. Elle aurait tellement aimé pouvoir l’aider, être un baume sur ses blessures. Maintenant qu’elle se sent mieux, bien dans son axe, elle est en sécurité, elle se tient dans une bulle invisible qui fait office de tampon entre elle et le monde extérieur et atténue considérablement la puissance des échanges. Elle ne se blinde pas mais s’enfonce en elle-même là où elle sait trouver confiance, paix et réconfort. La tempête s’est épuisée, là-haut à l’étage un sourire illumine le visage de Renée.
  •  

  • Chéri, et si on se faisait un peu café, tu pourrais me raconter ta journée ?
&&&


2 janvier 008
 
par nature publié dans : petits riens
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Mardi 15 janvier 2008

Il n'est pas encore rentré. Essoufflée d'avoir avalé un peu trop vite les trois étages, Renée au ralenti lance son sac au pied du canapé, avant d'aller pendre son lourd manteau dans l'entrée. Elle est vannée, la tête farcie. C'est presque toujours la même chose quand il lui faut rester enfermée des journées entières à plusieurs dans des espaces bien trop exigus. Et puis c'est fou ce que les gens peuvent être sur le qui vive, la défensive ou leur quant à soi et encore plus fou la vitesse à laquelle cela peut dégénérer pour se terminer en pitoyables psychodrames d'ego blessés devenant défensivement blessants ! Enfin, toujours la même ennuyeuse et archi banale histoire des rencontres " cuirasse contre cuirasse ". C'est impressionnant de voir le nombre d'humains flippés, oscillant entre hargne et morgue, ou encore entre apitoiement et agressivité ! Renée, cela l'épuise. Cela la désespère aussi. N'ouvriront-ils donc jamais les yeux ?

 
Pour l'instant elle n'a pas faim. Juste envie de se poser. Fumer, respirer, vider " ce trop plein de monde " qui l'envahit comme ses lierres grimpants qui étouffent tout. Elle a besoin d'un grand verre d'eau fraîche. La cuisine semble être dans l'état où elle l'a laissé ce matin. Mais non, il est passé par là, il s'est refait du café et en a répandu partout de la plaque électrique à l'évier en passant par l'égouttoir et le sol. Le fond de l'évier est encore maculé de marc. Machinalement, Renée attrape une éponge et nettoie le carrelage souillé. Dans l'immédiat, elle n'a ni l'énergie ni l'envie de s'attaquer à la vaisselle plus imposante que conséquente. Dans la salle de bains, elle se lave les mains, se passe longuement de l'eau sur le visage et s'examine sévèrement dans le miroir. Elle est crevée et ça se voit. Sa peau est terne et son regard sans éclat, elle se trouve carrément moche. Elle essaie un sourire pour voir. Aïe, vraiment lamentable ! En cherchant son bâton de khôl, elle constate qu'il s'est rasé ce matin, la bombe est là où il l'a laissé ouverte, le bouchon couvert de mousse. Avant de se maquiller, elle passe le bouchon sous l'eau, le ferme et le range. Ah les hommes parfois, c'est pire que des enfants ! Renée n'est pas très portée sur les tâches ménagères, l'intendance n'est vraiment pas son fort. Elle s'invente toujours mieux à faire. Alors puisqu'elle n'aime pas trop faire le ménage, elle fait attention de ne pas trop salir.

 
Après un coup de brosse dans ses cheveux qu'elle garde libres et un peu de noir sous les yeux, c'est déjà mieux. Elle s'effondre dans son petit fauteuil bas, moche mais très confortable en relâchant un profond soupir de soulagement. Elle se délecte d'être seule, dans une maison vide et silencieuse. Tout en respirant doucement elle libère la tension qui ne l'a pas quittée de la journée. La bouteille Thermos trône sur la table du salon. Renée se réjouit à l'idée de déguster un café bien chaud accompagné d'une bonne cigarette roulée à la main. Apparemment, il a déjeuné ici, les sets sont couverts de miettes, sa tasse toujours là, ainsi que l'emballage de biscuits au chocolat qu'il affectionne. Renée n'a plus qu'à le jeter, il est vide, il ne lui en a pas gardé un seul. Comme d'habitude, il n'y a pas résisté ou bien il n'a pas pensé qu'elle aimerait en manger. Ce qui finalement pour elle revient plus ou moins au même. Un sérieux problème d'attention. Elle peut suivre à la trace ses moindres faits et gestes. Les vêtements abandonnés dans toutes les pièces racontent sa longue hésitation avant de trouver enfin la tenue adéquate. Les petites figures géométriques de terre friable répandues sur le pavé indiquent qu'il a choisi aujourd'hui de mettre ses chaussures à gros crampons. Renée évalue le nombre de cafés qu'il a bu au nombre de tasses et de verres abandonnés çà et là. Le journal qui lui sert de nappe avant, pendant et après lecture, est ouvert à la page des courses, elle suppose qu'il est allé jouer ce matin. Puis il s'est probablement installé sur le canapé pour regarder la télé, laissant derrière lui un oreiller et une petite couverture toute douce.

 
Renée, ce soir, est terriblement fatiguée. Le triste état des lieux qu'elle vient de dresser semble drainer toutes ses forces. C'est tellement décourageant de constater que rien ne change réellement au quotidien ! Toujours les mêmes vieilles habitudes, les mauvais plis, les sales manières. Renée ne s'est jamais identifiée au rôle supposé de la femme. Elle n'a aucun gène spécial qui la prédispose à devoir tenir une maison et servir un homme. Et si elle en possède un malgré tout, c'est que chez elle pour une mystérieuse raison, il reste inactif. Enfin c'est quoi tout ce charabia sur ce qu'il conviendrait à chacun d'accomplir selon son sexe plutôt que selon son désir, ses goûts et ses aptitudes ? Renée est passablement atterrée qu'on puisse en être encore là au troisième millénaire. Comment de telles folies peuvent-elles encore perdurer dans des cervelles humaines ? Renée ne s'est jamais sentie tout à fait en accord avec les mouvements féministes, trop anti - hommes à son goût. Pour elle, il ne s'est jamais agi de reprendre le pouvoir à la manière des hommes, agressive et brutale. La liberté et le pouvoir doivent être bien partagés, c'est l'équilibre des forces qu'elle vise. Pourtant dans sa vie règne un certain chaos, un sacré tangage des énergies. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Au moins maintenant elle sait. Elle ne peut se laisser enfermer dans un rôle, quel qu'il soit. A chaque fois qu'elle essaie, elle finit par se rendre malade. Elle ne comprend pas cette tendance qui la pousse encore à tenter l'impossible.

 
Au quotidien certaines choses ne pardonnent pas. On se figure qu'on s'y habituera ou que cela changera, on espère un peu des deux. Mais le temps passe et l'insupportable ne s'use pas à l'usage. Dans certains cas on fait l'effort, on passe par-dessus ou l'on s'aperçoit que ce n'est qu'une façon différente, ni pire ni meilleure que la nôtre. Pour le reste, finalement on ne parvient pas à tolérer ce que l'on estime et que l'on ressent comme intolérable. On en arrive pas à pas à l'épuisement des forces. Tout l'amour, le respect, la tolérance, la compréhension n'en viennent pas à bout. Il demeure une résistance irréductible, un rejet, un dégoût émanant de l'être tout entier. Renée n'aime pas vivre dans ses conditions. Son intérieur est un espace sacré, son espace de liberté. Elle a besoin d'y ressentir chaleur, sécurité, beauté et magie. Cela tient à de petits riens : quelques éclairages judicieusement disposés pour créer une ambiance chaude et douce, un parfum de fleurs, une musique aérienne, un regard tendre, une attention délicate, une entente sans paroles. Un infime détail parfois et le cours des choses s'inverse. En bien ou en mal. Un regard caressant désamorce sa colère en une seconde. Un simple mot tendre murmuré sèche ses larmes et la console de tout. Un mouvement brusque de mauvaise humeur même s'il ne lui est pas destiné lui fait l'effet d'une gifle. Son " j'm'en foutisme ", son " aquoibonisme " récurrents la lamine. Le manque de respect et d'attention gangrène tout le reste. Non, vraiment, à la longue, ce n'est pas tenable. Renée a d'autres intentions, d'autres ambitions. Elle n'est dégoûtée ni de vivre ni d'aimer, ce serait plutôt le contraire. Elle désire vivre et aimer plus que jamais. Comme jamais. Pour elle-même, elle en a fini avec tout ce marasme, cette insatisfaction, cet écœurement, cette colère face à l'existence. Elle est passée de l'autre côté. Elle a joyeusement renoncé à cette pauvre mascarade. Elle a, lentement mais sûrement, tranché un à un tous les liens qu'elle considère comme nocifs pour son âme d'enfant.

 
Renée approche du pied du mur, elle est allée jusqu'à l'extrême limite de ce qu'elle est capable d'accepter. La limite a même été dépassé plus d'une fois, beaucoup trop, bien plus qu'elle ne l'aurait supposée possible. Les traces qu'il dépose sur son sillage ne sont bien évidemment que la partie émergée de l'iceberg. Ce ne sont en réalité que les symptômes du mal qui le ronge et l'empoissonne à petit feu. Les vulgaires poussières peu ragoûtantes qu'il sème à la volée témoignent assez de ses incessantes frictions internes. De l'œuvre de démolition en cours derrière la façade. Attention, tout doit disparaître ! Elle a déployé à son intention la palette multicolore de ses minuscules miracles de bateleuse. Son petit art de vivre en brave petit soldat qui ne se laisse pas abattre et veut se réjouir d'être en vie quoiqu'il en soit. Qui veut bien se rire de son propre malheur, du moment qu'elle peut rire encore ! Elle lui a offert tout ce qu'elle pouvait et même bien au delà. Tout ce qu'elle avait. Tout ce qu'elle était. Ses attentions. Ses rêves. Son enthousiasme. Sa douceur.

 
Rien n'y a fait. Telle est sa triste conclusion. Elle ne peut rien pour l'aider à se sauver de lui-même. Renée sent bien dans quelle illusion elle s'est elle-même enlisée. Elle espérait qu'en mettant à sa disposition tous les précieux outils avec lesquels elle se soigne, il finirait bien par en trouver au moins un à sa convenance. Que sa gourmandise serait suffisamment contagieuse pour qu'il l'attrape à son tour. Que de nombreux problèmes en cours de résolution et d'intéressantes perspectives lui mettraient du baume au cœur et impulseraient un nouvel élan. Que nenni ! Cet homme-là est un vrai dur, un coriace, prêt à défendre son enfer jusqu'à ce que mort s'en suive. C'est étrange. Les voilà clairement opposés, basés dans des camps ennemis. On s'imaginerait aisément être en temps de guerre et en un certain sens, il est peut-être juste de s'exprimer ainsi. Si combat il y a eu, il est maintenant achevé. Un pessimiste conclurait que les deux ont perdus, ni victoire ni match nul, mais double KO. Renée est d'un avis tout autre. Si les deux ont perdu quelque chose, ils ont aussi chacun gagné quelque chose d'autre. Ils ne seront plus jamais ce qu'ils étaient avant de se connaître. Ensemble, de bonne ou de mauvaise grâce, ils ont évolué, ont pris conscience, se sont transformés, bousculés et enrichis l'un l'autre. Si elle est vraiment sincère, Renée est obligée de reconnaître que grâce à ce qu'il lui a fait endurer, elle a pu faire face et libérer enfin les fantômes effrayants de son enfance. Tant qu'il est question de se libérer, Renée ne se laisse pas intimider par les risques de souffrance. Si elle se rend utile alors elle est la bienvenue, qu'elle accomplisse son œuvre d'épure. Ce qu'elle ne supporte pas c'est la souffrance stérile, qui tourne autour d'un insignifiant nombril en claquant portes et fenêtres pour bien se maintenir du côté obscur de la force. Et cette insidieuse tentation de faire joujou le couteau dans la plaie. Et cette joie mauvaise à se massacrer soi-même. Plus impitoyable encore que son pire ennemi.

 
Non, Renée ne peut plus continuer à vivre ainsi à la merci des cauchemars de son homme. S'il ne sait pas ou ne veut pas saisir au bond ses étincelles enchantées, que faire ? Se résigner à une vie sans poésie ni fantaisie, sans amour de la vie ? IMPOSSIBLE ! ! ! Elle se sent encore tout à fait jeune et vive. Même quand la vie ne lui sourit pas, elle sourit à la vie, sachant qu'il y aura toujours un jour meilleur. Elle ne lui permettra plus d'effacer son sourire au quotidien, d'étouffer son feu d'un manteau noir, d'éteindre sa joie par d'amers éclats de voix. C'est la fin du voyage. L'amour est toujours là, bien vivant mais en phase d'endormissement, il quitte le devant de la scène. L'amour était, est et sera encore. Renée ne cesse pas d'aimer ceux qu'elle aime, elle se contente de les quitter. L'amour se métamorphose et perdure, revêtant de nouvelles parures au fil des âges et de l'incessante réinvention de sa légende personnelle. Sa vie est trop précieuse pour qu'elle l'assujettisse à la dérive d'un autre, même si cet autre se trouve être son adoré.

Tant pis !


2 janvier 008
 
par nature publié dans : petits riens
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Texte libre

 

 

Eau sacrée, je reviens à tes rives,

je vois le ruisseau de la sagesse qui coule perpétuellement.

Lave-moi de ces lourdes pensées qui m’empêchent d’atteindre ta mer d’équanimité.

Créateur, nos yeux s’éclaircissent, la lumière sacrée de la sagesse brille dans nos cœurs.

Voyons, soyons ce que nous sommes. Puissent tous les êtres réaliser l’harmonie et l’unité.

Dhyani Ywahoo

Sagesse amérindienne

Traditions et enseignements

des Indiens Cherokee

 

 

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