" Autant que je puisse en
juger, le seul but de
l’existence humaine
est d’allumer une lumière
dans l’obscurité de l’être. "
C.G.
Jung
« La douleur et la souffrance sont inévitables tant et aussi longtemps que vous êtes identifié à votre mental, c'est-à-dire inconscient spirituellement parlant. Je fais ici surtout référence à la souffrance émotionnelle, également la principale cause de la souffrance et des maladies corporelles. Le ressentiment, la haine, l'apitoiement sur soi, la culpabilité, la colère, la dépression, la jalousie, ou même la plus petite irritation sont sans exception des formes de souffrance. Et tout plaisir ou toute exaltation émotionnelle comportent en eux le germe de la souffrance, leur inséparable opposé, qui se manifestera à un moment donné. N'importe qui ayant déjà pris de la drogue pour "décoller" sait très bien que le "planage" se traduit forcément par un "atterrissage", que le plaisir se transforme d'une manière ou d'une autre en souffrance. Beaucoup de gens savent aussi d'expérience avec quelle facilité et rapidité une relation intime peut devenir une source de souffrance après avoir été une source de plaisir. Si on considère ces polarités négative et positive en fonction d'une perspective supérieure, on constate qu'elles sont les deux faces d'une seule et même pièce, qu'elles appartiennent toutes deux à la souffrance sous-jacente à l'état de conscience dit de l'ego, à l'identification au mental, et que cette souffrance est indissociable de cet état.
Il existe deux types de souffrance : celle que vous créez maintenant et la souffrance passée qui continue de vivre en vous, dans votre corps et dans votre mental. Maintenant, j'aimerais vous expliquer comment cesser d'en créer dans le présent et comment dissoudre celle issue du passé.
La plus grande partie de la souffrance humaine est inutile. On se l'inflige à soi-même aussi longtemps que, à son insu, on laisse le mental prendre le contrôle de sa vie.
La souffrance que vous créez dans le présent est toujours une forme de non-acceptation, de résistance inconsciente à ce qui est. Sur le plan de la pensée, la résistance est une forme de jugement. Sur le plan émotionnel, c'est une forme de négativité. L'intensité de la souffrance dépend du degré de résistance au moment présent, et celle-ci, en retour, dépend du degré d'identification au mental. Le mental cherche toujours à nier le moment présent et à s'en échapper. Autrement dit, plus on est identifié à son mental, plus on souffre. On peut également l'énoncer ainsi :
PLUS ON EST À MÊME DE RESPECTER ET D'ACCEPTER LE MOMENT PRÉSENT,
PLUS ON EST LIBÉRÉ DE LA DOULEUR, DE LA SOUFFRANCE ET DU MENTAL.
Tant que vous êtes incapables d'accéder au pouvoir de l'instant présent, chaque souffrance émotionnelle que vous éprouvez laisse derrière elle un résidu. Celui-ci fusionne avec la douleur du passé, qui était déjà là, et se loge dans votre mental et votre corps. Bien sûr, cette souffrance comprend celle que vous avez éprouvée enfant, causée par l'inconscience du monde dans lequel vous êtes né.
Cette souffrance accumulée est un champ d'énergie négative qui habite votre corps et votre mental. Si vous la considérez comme une entité invisible à part entière, vous n'êtes pas loin de la vérité. Il s'agit du corps de souffrance émotionnel. Il y a deux modes d'être : latent et actif. Un corps de souffrance peut être latent 90 % du temps. Chez une personne profondément malheureuse, cependant, il peut être actif tout le temps. Certaines personnes vivent presque entièrement dans leur corps de souffrance, tandis que d'autres ne le ressentent que dans certaines situations, par exemple dans les relations intimes ou les situations rappelant une perte ou un abandon survenus dans leur passé, au moment d'une blessure physique ou émotionnelle. N'importe quoi peut servir de déclencheur, surtout ce qui écho à un scénario douloureux de votre passé. Lorsque le corps de souffrance est prêt à sortir de son état latent, une simple pensée ou une remarque innocente d'un proche peuvent l'activer.
Le corps de souffrance ne désire pas que vous l'observiez directement parce qu'ainsi vous le voyez tel qu'il est. En fait, dès que vous ressentez son champ énergétique et que vous lui accordez votre attention, l'identification est rompue. Et une dimension supérieure de la conscience entre en jeu. Je l'appelle la présence. Vous êtes dorénavant le témoin du corps de souffrance. Cela signifie qu'il ne peut plus vous utiliser en se faisant passer pour vous et qu'il ne peut plus se régénérer à travers vous. Vous avez découvert votre propre force intérieure. Vous avez accédé au pouvoir de l'instant présent.
Plusieurs corps de souffrance sont exécrables mais relativement inoffensifs, comme c'est le cas chez un enfant qui ne cesse de se plaindre. D'autres sont des monstres vicieux et destructeurs, de véritables démons. Certains sont physiquement violents, alors que beaucoup d'autres le sont sur le plan émotionnel. Ils peuvent attaquer les membres de leur entourage ou leurs proches, tandis que d'autres préfèrent assaillir leur hôte, c'est-à-dire vous-même. Les pensées et les sentiments que vous entretenez à l'égard de votre vie deviennent alors profondément négatifs et autodestructeurs. C'est ainsi que les maladies et les accidents sont souvent générés. Certains corps de souffrance mènent leur hôte au suicide.
Si vous pensiez connaître une personne, ce sera tout un choc pour vous que d'être pour la première fois confrontée soudainement à cette créature étrange et méchante. Il est cependant plus important de surveiller le corps de souffrance chez vous que chez quelqu'un d'autre.
Remarquez donc tout signe de morosité, peu importe la forme qu'elle peut prendre. Ceci peut annoncer le réveil du corps de souffrance, celui-ci pouvant se manifester sous forme d'irritation, d'impatience, d'humeur sombre, d'un désir de blesser, de colère, de fureur, de dépression, d'un besoin de mélodrame dans vos relations, et ainsi de suite. Saisissez-le au vol dès qu'il sort de son état latent.
Le corps de souffrance veut survivre, tout comme n'importe quelle autre entité qui existe, et ne peut y arriver que s'il vous amène à vous identifier inconsciemment à lui. Il peut alors s'imposer, s'emparer de vous, "devenir vous" et vivre par vous. Il a besoin de vous pour se "nourrir". En fait, il puisera à même toute expérience entrant en résonance avec sa propre énergie, dans tout ce qui crée davantage de douleur sous quelque forme que ce soit : la colère, un penchant destructeur, la haine, la peine, un climat de crise émotionnelle, la violence et même la maladie. Ainsi, lorsqu'il vous aura envahi, le corps de souffrance créera dans votre vie une situation qui reflétera sa propre fréquence énergétique, afin de s'en abreuver. La souffrance ne peut soutenir qu'elle-même. Elle ne peut se nourrir de la joie, qu'elle trouve vraiment indigeste.
Lorsque le corps de souffrance s'empare, vous en redemandez. Soit vous êtes la victime, soit le bourreau. Vous voulez infliger de la souffrance ou vous voulez en subir, ou bien les deux. Il n'y a pas grande différence. Vous n'en êtes pas conscient, bien entendu, et vous soutenez avec véhémence que vous ne voulez pas de cette souffrance. Mais si vous regardez attentivement, vous découvrez que votre façon de penser et votre comportement font en sorte d'entretenir la souffrance, la vôtre et celle des autres. Si vous en étiez vraiment conscient, le scénario disparaîtrait de lui-même, car c'est folie pure que de vouloir souffrir davantage et personne ne peut être conscient et fou en même temps.
En fait, le corps de souffrance, qui est l'ombre de l'ego, craint la lumière de votre conscience. Il a peur d'être dévoilé. Sa survie dépend de votre identification inconsciente à celui-ci et de votre peur inconsciente d'affronter la douleur qui vit en vous. Mais si vous ne vous mesurez pas à elle, si vous ne lui accordez pas la lumière de votre conscience, vous serez obligé de la revivre sans arrêt. Le corps de souffrance peut vous sembler un dangereux monstre que vous ne pouvez supporter de regarder, mais je vous assure que c'est un fantôme minable qui ne fait pas le poids face au pouvoir de votre présence.
Lorsque vous commencerez à vous désidentifier et à devenir l'observateur, le corps de souffrance continuera de fonctionner un certain temps et tentera de vous amener, par la ruse, à vous identifier de nouveau à lui. Même si la non-identification ne l'énergise plus, il gardera un certain élan, comme la roue de la bicyclette continue de tourner même si vous ne pédalez plus. A ce stade, il peut également créer des maux et des douleurs physiques dans diverses parties du corps, mais ceux-ci ne dureront pas.
Restez présent, restez conscient. Soyez en permanence le vigilant gardien de votre espace
intérieur. Il vous faut être suffisamment présent pour pouvoir observer directement le corps de souffrance et sentir son énergie. Ainsi, il ne peut plus contrôler votre
pensée.
Dès que votre pensée se met au diapason du champ énergétique de votre corps de souffrance, vous y êtes identifié et vous le nourrissez à nouveau de vos pensées.
Par exemple, si la colère en est la vibration énergétique prédominante et que vous avez des pensées de colère, que vous ruminez ce que quelqu'un vous a fait ou ce que vous allez lui faire, vous voilà devenu inconscient et le corps de souffrance est dorénavant "vous-même". La colère cache toujours de la souffrance.
Lorsqu'une humeur sombre vous vient et que vous amorcez un scénario mental négatif en vous disant combien votre vie est affreuse, votre pensée s'est mise au diapason de ce corps et vous êtes alors inconscient et ouvert à ses attaques. Le mot "inconscient", tel que je l'entends ici, veut dire être identifié à un scénario mental ou émotionnel. Il implique une absence complète de l'observateur.
L'attention consciente soutenue rompt le lien entre le corps de souffrance et les processus de la pensée. C'est ce qui amène la métamorphose. Comme si la souffrance alimentait la flamme de votre conscience qui, ensuite, brille par conséquent d'une lueur plus vive. Voilà la signification ésotérique de l'art ancien de l'alchimie : la transformation du vil métal en or, de la souffrance en conscience. La division intérieure est résorbée et vous devenez entier. Il vous incombe alors de ne plus créer de souffrance.
Concentrez votre attention sur le sentiment qui vous habite. Sachez qu'il s'agit du corps de
souffrance. Acceptez le fait qu'il soit là. N'y pensez pas. Ne transformez pas le sentiment en pensée. Ne le jugez pas. Ne l'analysez pas. Ne vous identifiez pas à lui. Restez présent et
continuez d'être le témoin de ce qui se passe en vous. Devenez conscient non seulement de la souffrance émotionnelle, mais aussi de "celui qui observe", de l'observateur silencieux. Voici ce
qu'est le pouvoir de l'instant présent, le pouvoir de votre propre présence consciente. Ensuite, voyez ce qui se passe.
Le processus que je viens de décrire est profondément puissant mais simple. On pourrait l'enseigner à un enfant, et espérons qu'un jour ce sera l'une des premières choses que les enfants apprendront à l'école. Lorsque vous aurez compris le principe fondamental de la présence, en tant qu'observateur, de ce qui se passe en vous - et que vous le "comprendrez" par l'expérience -, vous aurez à votre disposition le plus puissant des outils de transformation.
Ne nions pas le fait que vous rencontrerez peut-être une très grande résistance intérieure intense à vous désidentifier de votre souffrance. Ce sera particulièrement le cas si vous avez vécu étroitement identifié à votre corps de souffrance la plus grande partie de votre vie et que le sens de votre identité personnelle y est totalement ou partiellement investi. Cela signifie que vous avez fait de votre corps de souffrance un moi malheureux et que vous croyez être cette fiction créée par votre mental. Dans ce cas, la peur inconsciente de perdre votre identité entraînera une forte résistance à toute désidentification. Autrement dit, vous préféreriez souffrir, c'est-à-dire être dans le corps de souffrance, plutôt que de faire un saut dans l'inconnu et de risquer de perdre ce moi malheureux mais familier.
Examinez cette résistance. Regardez de près l'attachement à votre souffrance. Soyez très vigilant. Observez le plaisir curieux que vous tirez de votre tourment, la compulsion que vous avez d'en parler ou d'y penser. La résistance cessera si vous la rendez consciente. Vous pourrez alors accorder votre attention au corps de souffrance, rester présent en tant que témoin et ainsi amorcer la transmutation.
Vous seul pouvez le faire. Personne ne peut y arriver à votre place. Mais si vous avez la chance de trouver quelqu'un d'intensément conscient, si vous pouvez vous joindre à cette personne dans l'état de présence, cela pourra accélérer les choses. Ainsi, votre propre lumière s'intensifiera rapidement. Lorsqu'une bûche qui commence à peine à brûler est placée juste à côté d'une autre qui flambe ardemment et qu'au bout d'un certain temps elles sont séparées, la première chauffera avec beaucoup plus d'ardeur qu'au début. Après tout, il s'agit du même feu. Jouer le rôle du feu, c'est l'une des fonctions du maître spirituel. Certains thérapeutes peuvent également remplir cette fonction, pourvu qu'ils aient dépassé le plan mental et qu'ils soient à même de créer et de soutenir un immense état de présence pendant qu'ils s'occupent de vous.
La première chose à ne pas oublier est la suivante :
TANT ET AUSSI LONGTEMPS QUE VOUS VOUS CRÉEREZ UNE IDENTITÉ QUELCONQUE À PARTIR DE LA SOUFFRANCE, IL VOUS SERA IMPOSSIBLE DE VOUS EN LIBÉRER.
Tant et aussi longtemps que le sens de l'identité sera investi dans la souffrance émotionnelle, vous sabotez inconsciemment toute tentative faite dans le sens de guérir cette souffrance ou y résisterez d'une manière quelconque. Pourquoi ? Tout simplement parce que vous voulez rester intact et que la souffrance est fondamentalement devenue une partie de vous. Il s'agit là d'un processus inconscient, et la seule façon de le dépasser est de le rendre conscient.
Réaliser soudainement que vous êtes ou avez été attaché à votre souffrance peut-être la cause
d'un grand choc. Mais dès l'instant où cette prise de conscience a lieu, l'attachement est rompu.
Un peu comme une entité, le corps de souffrance est un champ énergétique qui se loge temporairement à l'intérieur de vous. C'est de l'énergie vitale qui est prise au piège et ne circule plus.
Bien entendu, le corps de souffrance existe en raison de certaines choses qui se sont produites dans le passé. C'est le passé qui vit en vous, et si vous vous identifiez au corps de souffrance, vous vous identifiez par la même occasion au passé. L'identité de victime est fondée sur la croyance que le passé est plus puissant que le présent, ce qui est contraire à la vérité. Que les autres et ce qu'ils vous ont fait sont responsables de ce que vous êtes maintenant, de votre souffrance émotionnelle ou de votre incapacité à être vraiment vous-même.
La vérité, c'est que le seul pouvoir qui existe est celui propre à l'instant présent : c'est le pouvoir de votre propre présence à ce qui est. Une fois que vous savez cela, vous réalisez également que vous-même et personne d'autre êtes maintenant responsable de votre vie intérieure et que le passé ne peut pas l'emporter sur le pouvoir de l'instant présent.
L'inconscience le crée, la conscience le métamorphose. Saint Paul a exprimé ce principe universel de façon magnifique : "On peut tout dévoiler en l'exposant à la lumière, et tout ce qui est ainsi exposé devient lui-même lumière." Tout comme vous ne pouvez vous battre contre l'obscurité, vous ne pouvez non plus vous battre contre le corps de souffrance. Essayer de le faire créerait un conflit intérieur et, par conséquent, davantage de souffrance. Il suffit de l'observer et cela suppose l'accepter comme une partie de ce qui est ce moment. »
Eckhart Tolle
Extrait de
Mettre en pratique le pouvoir du moment présent
(Ariane Editions)
Ecrire un monologue exalté, libertaire, à la manière de Simon
dans" Les enfants Tanner " de Robert
Walser.
Imaginer un contexte voisin, un rapport social teinté de domination ou d'asservissement.
Adopter ce ton lucide, sans concession et sans violence, cette conscience qui interpelle et va au fond des choses tout en respectant les choix de l'adversaire.
Ressentir l'enthousiasme et la joie de la libération.
***
Simon dit : " Je suis bien content que ce soit fini. Croit-on peut-être me porter un coup, briser mon orgueil, m'anéantir ou
que sais-je encore ? Au contraire, on me relève, on me fait plaisir, on me redonne après bien longtemps une goutte d'espoir. Je ne suis pas fait pour être une machine à écrire ou à calculer.
J'aime bien écrire, j'aime bien compter, je suis tout prêt à me conduire d'une façon convenable avec les autres et, pourvu que ce que l'on me demande ne blesse pas mes sentiments, j'ai une
passion pour l'obéissance. J'arriverais aussi à me soumettre à certaines lois, s'il s'agissait vraiment de cela, mais ici depuis quelque temps il ne s'agit plus de cela. Lorsque je suis arrivé en
retard ce matin, j'en étais simplement fâché dans le fond de ma conscience je n'étais nullement inquiet, je ne me faisais pas de reproches, ou alors tout au plus celui d'être encore cet imbécile
et ce lâche qui à huit heures sonnantes saute sur ses pieds, se met en marche comme une pendule qu'on remonte et qui marche aussi longtemps qu'elle est remontée. Je vous suis très reconnaissant
d'avoir eu l'energie de me mettre à la porte et je vous prie de bien vouloir penser de moi ce qui vous plaira. Vous êtes certainement un homme estimable, un homme de mérite, un grand homme, mais,
voyez-vous, moi aussi je voudrais en être un ; par conséquent, il est bien que vous me renvoyez et c'est une bénédiction pour moi que de m'être conduit aujourd'hui d'une façon inadmissible,
selon l'expression en usage. Dans vos bureaux dont on a fait tant de cas, où chacun, n'est-ce pas, souhaiterait être employé, il n'est fait aucune place à la formation d'un jeune homme. Je me
fiche pas mal de l'avantage d'être payé régulièrement tous les mois. Cela ne m'empêche pas de dépérir, de devenir stupide, lâche et engourdi. Vous trouverez surprenant de m'entendre user de
telles expressions, mais vous reconnaîtrez que je dis la vérité. Il n'y en a qu'un ici qui puisse être un homme : vous ! Il ne vous vient jamais à l'esprit qu'il pourrait y avoir parmi
vos pauvres employés des gens qui ont eux aussi envie d'être des hommes, des hommes qui font quelque chose d'estimable. Je ne trouve aucun charme à cette façon de se tenir toujours à carreau,
simplement pour éviter la réputation d'être quelqu'un d'insatisfait et de peu recommandable à un employeur. Quelle tentation ici que la peur, et comme l'envie de s'arracher à cette peur misérable
est petite en comparaison ! Pour avoir réussi aujourd'hui à faire que cette chose presque impossible ait eu lieu, je m'accorde de l'estime, on dira ce qu'on voudra. Vous, monsieur le
Directeur, vous vous êtes retranché ici, vous n'êtes jamais visible, on ne sait pas aux ordres de qui on obéit, ou plutôt on n'obéit pas, on ne fait que suivre mornement de vieilles habitudes qui
connaissent le chemin. Quel piège à jeunes gens, pour peu qu'ils soient enclins au moindre effort et à la paresse ! On n'a que faire ici de toutes les forces qui se trouvent peut-être logées
dans l'âme d'un garçon, on ne réclame rien qui puisse distinguer parmi d'autres un homme, une personne. Ni le courage, ni l'esprit, ni la loyauté, ni le travail, ni l'envie de créer quelque
chose, ni le désir de l'effort ne sont d'une aide quelconque ici pour faire son chemin. Il est même mal vu de faire montre de sa force et de ses capacités. Et il est naturel que ce soit mal vu
dans un système qui fait du travail une chose si lente, si lourde, si sèche, si pitoyable.
Adieu, monsieur, je m'en vais faire une cure de travail, dût-ce être bêcher la terre ou porter des sacs de charbon. J'aime toutes les formes de travail, sauf celles qui n'emploient pas les forces dont je dispose. "
" Dois-je, bien qu'à vrai dire vous ne l'ayez pas mérité, vous délivrer un certificat ? "
" Un certificat ? Non, ne me délivrez pas de certificat. Si je n'en ai mérité qu'un mauvais, je préfère n'en avoir aucun. A partir d'aujourd'hui je me délivre mes certificats moi-même. Je ne veux plus avoir désormais d'autre répondant que moi quand on me demandera mes certificats ; les gens intelligents et clairvoyants en concevront la meilleure impression. Je suis content de partir de chez vous sans certificat : si j'en avais un, il ne ferait que me rappeler le temps de ma peur et de ma lâcheté, un état de paresse et de diminution de mes forces, des jours vécus inutilement, avec des après-midi remplies d'efforts furieux pour en sortir et des soirs de douce mélancolie qui ne servait à rien. Je vous remercie pour l'intention que vous aviez de vous séparer de moi à l'amiable, cela me prouve que je suis en présence d'un homme qui a peut-être compris quelques unes des choses que j'ai dites. "
" Jeune homme, vous êtes beaucoup trop violent, dit le Directeur, vous enterrez votre avenir ! "
" Je ne veux pas d'avenir, je veux du présent. Cela me paraît valoir plus. On n'a d'avenir que quand on a pas de présent, et quand on a un présent, on oublie complètement même de penser à l'avenir. "
" Adieu. Je crains pour vous des jours difficiles. Vous m'avez intéressé, c'est
pourquoi je vous ai écouté. Sans cela je n'aurais pas perdu de temps avec vous. Peut-être avez-vous mal choisi votre métier, peut-être deviendrez-vous quelque chose. Tâchez d'aller bien quand
même. "
" Les enfants Tanner " Robert Walser
" La grande beauté est de faire venir, imprévues, fragiles mais vivaces, comme des herbes qui poussent entre les pavés, les questions que la plupart, sans s'en rendre compte, foulent du
pied, tout simplement en avançant. "
Annie Le Brun
" Le miroir ne flatte pas, il montre fidèlement ce qui regarde en lui, à savoir le
visage que nous ne montrons jamais au monde, parce que nous le dissimulons à l'aide de la " Persona ", du masque du comédien. Le miroir, lui, se trouve derrière le masque et dévoile le
vrai visage. C'est la première épreuve du courage sur le chemin intérieur, épreuve qui suffit à effaroucher la plupart, car la rencontre avec soi-même est de ces choses désagréables auxquels on
se soustrait tant qu'on a la possibilité de projeter sur l'entourage tout ce qui est négatif. " C.G. Jung
Avant même d'ouvrir les yeux je sais que la journée est belle, la lumière
éclatante ce matin infuse mes paupières closes. En esprit, je suis debout, pleinement réveillée, me réjouissant déjà... Sans savoir pourquoi, pour rien, comme ça.
Un plaisir malin m'invite à imaginer tout ce que je pourrais me croire tenue de faire dans le registre il faut, je dois, c'est important, je suis obligée, je ne peux pas faire
autrement...
Appeler maman, changer les draps, remiser les vêtements d'été, prendre rendez-vous chez le dentiste, passer voir ou pire téléphoner à ma chère Isabelle qui attire les emmerdes comme un aimant, écrire à mon vieil oncle bien aimé qui crève de solitude, acheter du cumin pour le plat de ce soir, laver les vitres, tenter d'arranger les choses avec Patrick, réparer la porte de la chambre, payer la facture d'eau, répondre à la caf, refaire mon CV, me raser les jambes, arrêter de fumer... et bla-bla-bla bla-bla-bla...
La liste ne demande qu'à s'allonger mais je suis d'humeur à m'amuser et tout cela ne me tente guère pour le moment. Je saute du lit, ouvre la fenêtre et observe ce qui se passe dans la rue. En face une femme, que je n'ai jamais vu, presque pliée en deux entre deux voitures semble faire l'inventaire et réorganiser son énorme portefeuille. La grand-mère des triplés descend la rue traînant derrière elle les gamins rasant le mur en file indienne. Le vieux voisin, la clope au bec, rayban de compétition sur le nez, casquette visée sur le crâne s'apprête à monter dans son express. Un chat roux dort lové sous les bambous plantés sur le toit d'un garage.
Le premier grand plaisir du matin, quoiqu'il en soit, reste la dégustation d'un bon café. Tout doux, sans me presser, sans me charger d'une longue liste de choses à faire et à ne pas faire. Sans programme. Sans agenda. Je m'offre de vivre cette journée en roue libre ! Comme pour acquiescer à mon état d'esprit la lumière aujourd'hui est particulièrement limpide, chaque feuille découpe sa silhouette admirable doucement bercée aux invisibles souffles d'air. Je vois Isabelle empêtrée dans sa toile d'araignée et je me souviens d'un fameux titre de livre écrit dans les années 80, je crois, " Faites votre malheur vous-mêmes ". Je n'ai pas lu le livre, mais j'imagine fort bien à quoi il fait allusion, et je ne peux pas m'empêcher de rire, non de mon amie que j'aime de tout cœur ni de ses problèmes, mais de cette folie des hommes qui les incitent à se saboter sans cesse eux-mêmes, et plus efficacement encore, plus implacablement que leurs pires ennemis ne sauraient le faire. Peut-on imaginer une guerre plus contre nature que celle livrée inlassablement, jour après jour, année après année, décennie après décennie contre soi-même ?!
Si j'en ris c'est que je me sens bien trop légère aujourd'hui pour me prendre au sérieux - le jeu n'est pas toujours aussi drôle, j'en conviens, mais certainement bien moins tragique qu'il n'y semble - pour l'heure je n'ai que faire d'endosser mes pauvres hardes ni de m'enfouir sous un tas de vieilles valoches branlantes. Puis-je sauver le monde ? Puis-je me sauver moi-même ? Certainement pas ! Oublie ta mégalo et respire un bon coup. Tu vois - quand ça respire plus profond, dans ton ventre - tu redescends sur terre, tu te contentes tout simplement de ce qui est là !
Accroupie au soleil sur le rebord de la fenêtre, je sirote mon café refroidi, tellement satisfaite de moi que je me demande comment parfois je peux m'en vouloir à ce point de n'être ni comme si ni comme ça. Toujours à chercher la petite bête, la moindre défaillance, le détail qui tue. Le terrible syndrome du " Jamais à la hauteur ". Je me sens comme l'acteur toujours confiné dans le même registre de personnages et qui décide un beau matin de s'essayer à d'autres rôles, d'autres histoires, à changer radicalement de peau. Et pourquoi pas ?
15 octobre 08
Je vous invite ici à tracer un chemin d'écriture, de relation intime à soi, d'entrer dans un processus dont vous êtes le seul maître et le meilleur juge.
Le cercle d'écriture n'est pas un atelier comme les autres. Il ne s'agit pas ici d'écrire des textes littéraires mais d'écriture sur soi, pour soi, avec soi. Je ne proposerai pas de consignes à un rythme régulier, ni de temps de participation limitée, sauf consignes particulières.
Un de mes objectifs est de mettre à disposition une caisse à "outils d'écriture de soi", à utiliser à tout moment, selon les besoins. Vous pouvez les essayer ici* puis les adopter s'ils vous paraissent productifs.
Comme je vous le disais, pour avancer dans mon travail, j'ai besoin de feed-back. Donc en contrepartie, je vous demande
quelques retours quand vous utilisez les outils que je vous propose. Naturellement le contenu vous appartient, mais l'expérience en elle-même, ce qu'elle suscite, ce qu'elle révèle, comment elle
travaille dans le temps est intéressante à partager. Bref, je compte sur vous pour que l'échange soit riche et fécond pour tous.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CerclePlume/
Merci
Pourquoi un sanctuaire ?
Pour aller à la rencontre de soi - s'ouvrir à nos univers intérieurs,
explorer, expérimenter, créer, se rassembler, s'épanouir - nous avons impérativement besoin de nous sentir en sécurité, en paix, en liberté.
Créer son sanctuaire imaginaire, c'est s'offrir un espace, un temps où nous nous permettons d'être pleinement nous-mêmes, dans une bulle de soi où rien d'extérieur n'a de pouvoir sur nous si nous ne le choisissons pas.
Le sanctuaire est cet espace merveilleux où nous entrons profondément en relation avec nous-mêmes, le vivant, la nature, le divin - un espace d'unité, d'harmonie, de joie, d'inspiration et de création.
Plus nous prenons l'habitude d'aller nous y reposer, de nous ressourcer, d'y
respirer librement, plus cela deviendra naturel et simple d'y retourner dès que le besoin s'en fera sentir. Puis, nous nous apercevrons que cet espace imaginaire est là, en nous, toujours, à
chaque instant, quoiqu'il advienne.
Crée ton havre de paix
un lieu où te retirer, souverain.
La page est blanche, il n'y a rien encore, touche après touche,
tu vas imaginer un lieu parfait avec tout ce que tu aimes.
Tu es l'unique maître du lieu, de ta création.
Il t'est entièrement et exclusivement
destiné.
Tu peux te le représenter comme une île, un lieu parfaitement isolé auquel personne d'autre que toi n'a accès... sur terre ou sur une autre planète, hors du temps et de l'espace familier. Imagine la nature, le ciel, la terre, la végétation, les animaux. Tu y invites tous les éléments et les règnes. Ici, rien ne sera jamais figé, à chacune de tes visites tu pourras le transformer à ta guise, au gré de ta fantaisie, selon tes besoins et tes désirs de l'instant. Absolument tout est possible puisque ce lieu est purement imaginaire, c'est un espace de liberté totale où tu peux créer ce qui n'existe pas encore.
Tu vas maintenant y créer un abri, ce peut être une simple cabane, une maison de verre, une tour, un château, une pyramide, un phare... l'essentiel est que tu t'y sentes parfaitement bien, libre, en sécurité, en paix.
Tu peux le rêver, le visualiser, le ressentir, le respirer, l'écrire, le
dessiner, le chanter...
Tu peux le semer de tout ce que tu aimes, de ce qui t'est essentiel,
précieux, vital, de tout ce qui te fait du bien...
Cet espace est inviolable. C'est ton lieu de pouvoir, de ressourcement, de lâcher-prise - ton air du grand large...
Ici tu peux être totalement toi-même, il n'y a personne d'autre que la terre et le ciel...
Ici, tu es connecté à tout ce qui est vivant...
Respire, ressens...
Tu t'ouvres à toi-même...tu t'ouvres à l'univers...
*Le sanctuaire est un espace à créer et à garder pour soi, en secret.
Dans mes propositions d'écriture, certaines seront entièrement destinées à une écriture personnelle et privée qui ne concernent et n'intéressent que soi. Je les indiquerais en
spécifiant (Pour soi).
Pour faire connaissance encore
Sur la lancée d'"écrire pour moi, c'est...", continue par "J'écris pour...", à répéter au début de chaque nouvelle phrase :
J'écris pour sortir du chaos, de l'indifférencié, du néant.
J'écris pour ne pas devenir folle, ne pas me perdre, ne pas disparaître.
J'écris pour...
Ecriture libre: Ecrire vite, sans réfléchir ni élaborer, tout ce qui passe
par la tête. L'objectif de l'écriture libre n'est pas d'exprimer ce que l'on sait déjà ni de réfléchir mais d'écouter ce qui se dit à l'intérieur et qui est encore peut-être informulé. C'est une
écriture de lâcher-prise où l'on ne se soucie pas de style mais d'authenticité et de vérité.
Pour faire connaissance
*Liste tous les verbes associés pour toi à l'acte d'écrire.
Fais le vite et note tout ce qui vient sans faire le tri, le plus de verbes possible,
en essayant de faire le tour de la question
*Déploie les verbes en phrases courtes
*Pour finir, supprime les verbes et liste seulement ses compléments
Tu obtiens ainsi 3 listes, une de verbes, une de phrases et une de
compléments
&&&
ex:
* Apprivoiser
*Apprivoiser les montres
*Les monstres
&&&
L'objectif de ce type de travail est le déploiement le plus large et le plus exaustif possible de l'idée de départ où l'on cherche à explorer tous les rayons du
cercle, et ainsi à obtenir l'image d'une multiplicité qui n'est pas perçue comme incohérence mais comme témoignant au contraire d'une richesse singulière rassemblée en un
tout.
Eau sacrée, je reviens à tes rives,
je vois le ruisseau de la sagesse qui coule perpétuellement.
Lave-moi de ces lourdes pensées qui m’empêchent d’atteindre ta mer d’équanimité.
Créateur, nos yeux s’éclaircissent, la lumière sacrée de la sagesse brille dans nos cœurs.
Voyons, soyons ce que nous sommes. Puissent tous les êtres réaliser l’harmonie et l’unité.
Dhyani Ywahoo
Sagesse amérindienne
Traditions et enseignements
des Indiens Cherokee
| Février 2012 | ||||||||||
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